La question du dinar algérien revient au cœur du débat économique national après la publication du dernier rapport du Fonds monétaire international (FMI) consacré à l’Algérie. L’institution recommande aux autorités d’assouplir le taux de change afin de rapprocher la valeur officielle de la monnaie de celle pratiquée sur le marché parallèle. Deux économistes, Omar Berkouk et Abdelrahmi Bessaha, éclairent les enjeux et les risques d’une telle réforme.
Ce que préconise le FMI pour le dinar algérien
Dans son dernier document d’évaluation, le FMI appelle Alger à laisser la monnaie évoluer avec davantage de souplesse. L’objectif affiché consiste à réduire le fossé entre le taux officiel et celui du marché noir.
Cet écart, devenu structurel, traduit selon l’institution un décalage persistant entre la valeur administrée de la devise et sa réalité économique. Le Fonds y voit une source de distorsions pesant sur l’économie algérienne.
La recommandation s’inscrit dans une logique déjà défendue par l’institution de Washington pour de nombreux pays. Elle consiste à privilégier un régime de change plus flexible plutôt qu’un ancrage rigide de la monnaie nationale.
Un diagnostic partagé par les deux économistes
Interrogés sur cette préconisation, Omar Berkouk et Abdelrahmi Bessaha rejoignent en grande partie l’analyse du FMI. Tous deux reconnaissent l’existence d’un déséquilibre profond dans la gestion actuelle du taux de change.
Pour ces spécialistes, l’écart entre le dinar officiel et sa cotation sur le marché parallèle ne peut être ignoré durablement. Il nourrit la spéculation et fragilise la crédibilité de la politique monétaire du pays.
Une distorsion aux effets multiples
Le maintien d’un taux administré éloigné du marché encourage les circuits informels de change. Cette situation prive l’État d’une partie des devises et alimente un système parallèle difficile à maîtriser.
Les deux experts estiment qu’une correction du taux devient inévitable à moyen terme. La véritable question porte moins sur le principe que sur la méthode et le rythme de cette évolution.
Le coût social d’une réforme du taux de change
Si le constat fait consensus, les mises en garde sont tout aussi claires. Berkouk et Bessaha soulignent qu’un ajustement mal préparé aurait un prix élevé pour les ménages algériens.
Une dépréciation du dinar renchérirait mécaniquement le coût des produits importés. Or l’économie algérienne reste fortement dépendante des importations pour de nombreux biens de consommation courante.
Une pression directe sur le pouvoir d’achat
La hausse des prix consécutive à une baisse de la monnaie frapperait d’abord les foyers les plus modestes. L’inflation importée pèserait sur l’alimentation, les médicaments et de multiples produits du quotidien.
Les deux économistes insistent donc sur la nécessité d’accompagner toute réforme. Sans mesures sociales adaptées, l’assouplissement du change risquerait d’aggraver les tensions sur le budget des familles.
La question de la préparation et du calendrier
Au-delà du principe, c’est la préparation de la transition qui cristallise l’attention des experts. Une libéralisation brutale du taux de change pourrait provoquer un choc difficile à absorber.
Selon eux, une réforme réussie suppose des étapes progressives et une communication transparente. Il s’agit d’éviter les mouvements de panique susceptibles d’amplifier la fuite vers le marché parallèle.
La mise en place de filets de protection sociale apparaît comme un préalable indispensable. Ces dispositifs permettraient d’amortir l’impact de l’ajustement sur les catégories vulnérables de la population.
Les enjeux pour l’économie algérienne
La réforme du taux de change dépasse la seule dimension monétaire. Elle touche à la compétitivité, à la diversification et à la crédibilité globale de l’économie algérienne aux yeux des partenaires étrangers.
Une monnaie mieux alignée sur sa valeur réelle pourrait favoriser les exportations hors hydrocarbures. Elle contribuerait aussi à assainir progressivement les circuits de change informels.
Toutefois, les bénéfices attendus dépendent étroitement de l’environnement économique global. La maîtrise de l’inflation et le renforcement de la production locale conditionnent le succès de toute initiative sur le dinar.
La réforme du taux de change du dinar algérien apparaît ainsi comme un chantier aussi nécessaire que délicat. Entre les recommandations du FMI et les avertissements des économistes, le défi consiste à conjuguer réalisme monétaire et protection du pouvoir d’achat des Algériens.




