La normalisation avec Israël et la crise migratoire de Ceuta placent le Maroc dans une posture délicate sur la scène internationale. Sous le règne de Mohammed VI, la population marocaine accumule des décisions vécues comme autant d’affronts. Entre l’ouverture d’une ambassade israélienne et le drame de l’immigration vers l’enclave espagnole, le mécontentement grandit.
Le royaume chérifien s’apprête à recevoir sur son sol une représentation diplomatique de haut rang de l’État hébreu, un choix imposé sans concertation avec les citoyens. Dans le même temps, Rabat se retrouve pointé du doigt pour l’instrumentalisation des flux migratoires à l’encontre de l’Espagne. Les motifs de crispation entre le pouvoir et la société ne cessent de se multiplier.
Ceuta : une tragédie migratoire qui ternit l’image du royaume
À la fin du mois de juillet, alors que le pays célébrait la fête du Trône, des milliers de jeunes Marocains ont convergé vers Ceuta. Cette tentative massive de rejoindre l’enclave espagnole s’est soldée par un bilan dramatique. Au moins une centaine de personnes auraient péri durant la traversée.
Ces candidats à l’exil fuyaient avant tout la précarité économique et l’absence de perspectives professionnelles. Beaucoup dénoncent aussi le poids des humiliations infligées par le Makhzen au quotidien. Le spectacle offert au monde renvoie une image particulièrement dégradée de la monarchie.
Le Maroc au banc des accusés sur la scène internationale
Plus inquiétant encore, des soupçons se sont dirigés vers le palais royal et ses appareils sécuritaires. Certains observateurs accusent les autorités d’avoir toléré, voire encouragé, cet assaut pour faire pression sur Madrid.
Une autre thèse évoque une manœuvre orchestrée au bénéfice d’Israël. L’État hébreu chercherait à sanctionner le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez pour ses prises de position sur la question palestinienne.
Mi-septembre, le Parlement européen a voté une résolution accablante pour le royaume. Il s’agit du troisième blâme prononcé par cette institution en quelques années, après les textes de 2023 visant le scandale de corruption d’eurodéputés et les entraves à la liberté de la presse.
Une succession de scandales retentissants
Depuis plusieurs années, le pays enchaîne les affaires qui écornent son image. Le logiciel espion Pegasus, le chantage migratoire, la corruption d’élus étrangers ou l’incarcération de journalistes rythment l’actualité. Chacun de ces épisodes est ressenti comme une blessure supplémentaire par les Marocains.
La normalisation avec Israël, un tournant contesté
Pour de nombreux citoyens, le rétablissement des relations avec Israël en 2020 constitue l’affront le plus lourd. Cette décision a été prise par Mohammed VI sans l’aval de la population.
Alors que la bande de Gaza subissait des offensives meurtrières à partir d’octobre 2023, Rabat n’hésitait pas à afficher publiquement ses accords sécuritaires et militaires avec Tel-Aviv. Les voix qui s’élèvent contre cette orientation sont durement réprimées.
Certains habitants ont même été expulsés par la force de leurs propriétés. Des terres et des maisons étaient réclamées par des personnes de confession juive parties vers Israël par le passé, et dont le retour a été favorisé par la normalisation.
Le passage à l’acte II du rapprochement
Le 16 septembre, le souverain a franchi une nouvelle étape dans le partenariat avec l’État hébreu. Les deux pays ont décidé d’élever leurs bureaux de liaison au rang d’ambassades et de procéder à un échange d’ambassadeurs.
Ce choix apparaît d’autant plus mal perçu qu’il intervient dans un contexte particulier. Israël se retrouve isolé diplomatiquement, abandonné par plusieurs de ses alliés européens en raison de ses opérations en Palestine.
« Honte et déshonneur » : la colère de l’opposition marocaine
Face à cet approfondissement des liens avec Israël, la société civile et une frange de la classe politique s’indignent. Des appels à manifester ont été lancés pour les jours suivant le scrutin législatif du 23 septembre.
Le Parti socialiste unifié (PSU) a qualifié l’attitude du Makhzen de « honte » et de « déshonneur ». La Fédération de la gauche démocratique a rejoint cette dénonciation. Réunies au sein de la Coalition de gauche, les deux formations ont fustigé une « dérive dangereuse ».
Dans un communiqué commun, cette alliance a exhorté toutes les composantes progressistes du pays à s’unir. « Nous appelons toutes les forces démocratiques, progressistes, politiques, de défense des droits de l’homme, syndicales et de la société civile à unir leurs rangs et leurs efforts pour rejeter la normalisation et s’opposer à toute tentative de l’imposer comme un fait accompli à notre fier peuple », ont-elles écrit.
Entre le drame de Ceuta et l’accélération de la normalisation avec Israël, le fossé se creuse entre le pouvoir marocain et une partie de sa population. Les prochaines mobilisations diront si cette contestation parvient à peser sur les orientations du palais royal.




