Un rapprochement entre l’Algérie et l’Espagne qui inquiète Rabat
Les milieux experts espagnols perçoivent le réchauffement des liens entre Alger et Madrid comme un levier que le Maroc tente d’exploiter à son avantage. L’objectif présumé serait de saboter ce dialogue et de raviver la rupture diplomatique et économique du passé.
La visite attendue du président Abdelmadjid Tebboune en Espagne, encore non confirmée officiellement, ainsi que l’annonce d’une réunion de haut niveau prévue en octobre, sont vues comme des développements majeurs. Ces perspectives contrarient un régime marocain qui, longtemps, a estimé tenir le gouvernement de Pedro Sánchez sous son emprise.
Cette influence supposée remonterait à l’affaire d’espionnage baptisée « Pegasus », au cours de laquelle des documents auraient été soustraits des téléphones de hauts responsables espagnols, dont le chef du gouvernement lui-même.
Le point de vue des experts universitaires
Parmi les voix académiques qui ont mis en lumière cette lecture figure Miguel Hernando de Larramendi, professeur d’études arabes et islamiques à l’Université de Castille-La Manche. Il s’est exprimé dimanche auprès de l’agence Europa Press pour éclairer ce contexte géopolitique.
Ceuta et Melilla au cœur des tensions hispano-marocaines
Le rapprochement entre l’Algérie et Madrid s’inscrit dans un climat déjà tendu, alimenté par deux événements sensibles. Le premier concerne la visite préparée par le roi Felipe VI et son épouse dans les enclaves de Ceuta et Melilla, prévue dans les semaines à venir.
Le second porte sur l’adoption d’une loi accordant la nationalité espagnole au peuple sahraoui. Ces deux éléments figurent parmi les causes directes de la riposte de Rabat les 30 et 31 juillet derniers.
À cette occasion, près de 80 000 candidats à l’émigration clandestine marocains ont tenté de franchir la frontière de Ceuta, sous le regard de la police et de la gendarmerie.
Un régime marocain affaibli sur les plans interne et externe
La situation actuelle diffère radicalement de celle de 2022. Le pouvoir marocain traverse l’une de ses périodes les plus délicates, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, ce qui réduit sa capacité de pression sur Madrid pour saborder ses liens avec Alger.
Sur le plan interne, le pays connaît une contestation inédite depuis que le Palais a annoncé l’élévation de sa représentation diplomatique avec l’entité sioniste au rang d’ambassadeurs. Cette décision a nourri un mécontentement populaire grandissant.
Face à Madrid, la situation apparaît encore plus complexe. Il existe désormais un consensus en Espagne, officiel comme populaire, autour de la nécessité de sanctionner Rabat pour son atteinte à la souveraineté nationale lors de l’assaut sur Ceuta.
Des enquêtes judiciaires qui accentuent la pression
Malgré les efforts du gouvernement Sánchez pour apaiser les tensions, l’Audience nationale espagnole a ordonné de nouvelles investigations. Celles-ci visent à identifier les organisateurs de la mobilisation qui a précédé l’assaut, planifiée de l’autre côté de la frontière, dans la région marocaine de Fnideq.
Le jugement rendu par la juge Tardón le 7 septembre a validé les conclusions d’un rapport élaboré par la commission nationale espagnole de recherches économiques et sociales. Ce document écarte l’hypothèse d’un mouvement spontané, décrivant une opération dotée d’une phase préparatoire, d’exécution et d’après-crise.
Ces conclusions ont toutefois été rejetées par Fernando Grande-Marlaska, ministre de l’Intérieur du gouvernement Sánchez, selon la presse espagnole.
La « raison d’État » espagnole prend le dessus
Une conviction s’installe en Espagne : l’appareil d’État en profondeur aurait dépassé le gouvernement Sánchez. Ce dernier serait suspecté de subir l’influence de Rabat, en raison du chantage lié aux documents dérobés de son téléphone personnel.
Plusieurs signaux traduisent cette reprise d’initiative face au Maroc. Le roi Felipe VI s’est récemment affiché en tenue militaire aux côtés des chefs de l’armée espagnole, avant de décider de se rendre à Ceuta et Melilla.
De son côté, la justice espagnole, à travers l’Audience nationale compétente sur les grandes affaires, a passé outre le gouvernement pour enquêter sur l’implication marocaine dans les événements de Ceuta. Un geste perçu comme un défi lancé à Rabat.
Ces évolutions affaiblissent la marge de manœuvre du Maroc pour peser sur Madrid et contenir son rapprochement avec Alger. L’Espagne, poussée par son besoin urgent de ressources énergétiques à prix préférentiels, mise de plus en plus sur ce partenariat ancien et sur la proximité géographique du fournisseur algérien.




