La raffinerie Sonatrach en Italie, installée à Augusta en Sicile, pourrait voir ses émissions de gaz à effet de serre reculer de 7,2 % grâce à une meilleure gestion de ses turbines à gaz. Ce chiffre est issu d’une étude parue dans la revue scientifique Sustainability. À ce stade, il s’agit d’une projection informatique et non d’une réduction constatée sur le terrain.
Cette recherche a été conduite par des scientifiques de la Fondazione Bruno Kessler, établie à Trente, en collaboration avec Sonatrach Raffineria Italiana S.r.l., filiale du groupe algérien chargée de l’exploitation du complexe sicilien.
La piste des turbines à gaz privilégiée par Sonatrach
Pour évaluer le potentiel de réduction, les chercheurs ont reconstitué le comportement énergétique de la raffinerie sur 8 760 heures, soit l’équivalent de chaque heure d’une année entière. Leur modélisation s’appuie sur PyPSA, un logiciel libre dédié aux systèmes énergétiques, combiné à des relevés réels d’exploitation du site.
D’après les données rapportées dans l’étude, le complexe rejette près de 600 kilotonnes de CO2 équivalent chaque année. Le scénario le plus performant permettrait de retrancher jusqu’à 7,2 % de ces émissions, sans alourdir les coûts globaux dans le cadre du modèle testé.
Ce pourcentage ne correspond donc pas à une baisse déjà enregistrée par le groupe algérien, ni à une moyenne calculée sur l’ensemble des hypothèses. Il représente le résultat le plus favorable produit par la simulation informatique.
Optimiser l’existant plutôt qu’investir
L’un des principaux enseignements porte sur les turbines à gaz déjà installées sur place. Le modèle indique qu’un pilotage plus précis de ces équipements aurait un impact supérieur au simple ajout de panneaux solaires et de batteries. Les chercheurs ont testé un ajustement de la production selon les conditions du marché électrique.
Les énergies renouvelables et le stockage figurent bien dans les différents scénarios, mais c’est la manière de gérer les installations existantes qui apparaît comme le levier le plus décisif. Cette stratégie présenterait l’intérêt de reporter le recours à de lourds investissements industriels.
La raffinerie sicilienne soumise au marché carbone européen
Situé au sein de l’Union européenne, le site opéré par Sonatrach évolue dans un cadre réglementaire où les rejets industriels ont un prix. Le système européen d’échange de quotas d’émission, connu sous le sigle EU ETS, existe depuis 2005 et traverse aujourd’hui sa quatrième phase, couvrant la période 2021-2030.
Ce dispositif repose sur un plafond d’émissions assorti d’un marché de quotas. Les installations visées sont tenues de restituer des quotas équivalents à leurs rejets, ce qui attribue une valeur financière concrète à chaque tonne de CO2 émise.
Une réglementation en pleine évolution
Le dossier demeure très surveillé en 2026. Le 17 juillet dernier, la Commission européenne a présenté une révision ciblée de l’EU ETS. Cette proposition vise à soutenir l’objectif climatique fixé pour 2040 tout en préservant la compétitivité du tissu industriel européen.
Pour le groupe algérien, les conclusions obtenues à Augusta dessinent une orientation technique intéressante. Elles doivent toutefois être interprétées avec prudence, car il s’agit d’une modélisation théorique et non d’une réalisation concrète.
L’étude ne fait état ni d’un déploiement industriel du scénario menant aux 7,2 %, ni d’une diminution effective de cette ampleur dans les émissions actuelles de la raffinerie. Une mise en pratique serait indispensable pour vérifier si les gains calculés se reproduisent dans les conditions réelles d’exploitation.
La démarche menée à Augusta illustre la manière dont Sonatrach cherche à concilier ses activités européennes avec les exigences climatiques du continent. Reste désormais à savoir si ces projections pourront un jour se traduire par des résultats mesurables sur le site italien.
