À moins de deux ans de l’élection présidentielle française, prévue en avril 2027, le Rassemblement national (RN) rouvre la controverse autour du port du voile islamique dans l’espace public. Le parti d’extrême droite envisage désormais d’infliger des amendes aux femmes voilées s’il accède au pouvoir. Cette proposition a immédiatement enflammé la classe politique, particulièrement à gauche.
Une amende contre le voile, comparée à celle de la ceinture de sécurité
C’est le dimanche 30 août que la proposition a été formulée par Jean-Philippe Tanguy, figure de proue de Marine Le Pen dans la course à l’Élysée. Sur le plateau de BFMTV, l’élu a affirmé vouloir « combattre l’idéologie islamiste » et sanctionner le fait de se couvrir la tête d’un voile.
Selon le député, cette orientation aurait déjà été validée par sa formation politique et serait mise en œuvre en cas de victoire. Il a précisé que les femmes contrevenant à une éventuelle interdiction écoperaient d’une contravention, à l’image de ce qui existe pour l’absence de ceinture de sécurité au volant.
Le représentant du RN a justifié cette mesure en affirmant qu’elle serait approuvée par 60 à 70 % des Français. À ses yeux, le voile ne relèverait pas d’un simple choix vestimentaire, mais traduirait une idéologie contraire aux valeurs historiques de la France.
Une atteinte à la liberté de culte dénoncée par la gauche
L’annonce a rapidement provoqué une vague d’indignation, notamment dans les rangs de la gauche. Pour ses opposants, cette initiative révèle des intentions ouvertement islamophobes et représente une menace directe contre la liberté religieuse, pourtant protégée par les principes républicains.
David Guiraud, élu de La France insoumise (LFI) et maire de Roubaix depuis mars 2026, estime que le fait d’agiter aussi facilement l’interdiction du voile en pleine campagne en dit long sur le programme qui s’imposerait en cas de victoire de Marine Le Pen. Il appelle les citoyens à se mobiliser.
Le maire de Roubaix insiste sur le caractère décisif du scrutin d’avril 2027, qu’il juge différent des précédents. Il invite les électeurs à rejoindre la dynamique portée par Jean-Luc Mélenchon pour faire barrage à l’extrême droite.
« Une femme pourrait devenir hors-la-loi du jour au lendemain »
Son homologue de LFI, Abdelkader Lahmar, a réagi sur le réseau social X. Selon lui, avec le RN au pouvoir, la France deviendrait l’un des rares pays au monde à prohiber le voile pour les femmes musulmanes.
« Une femme pourrait devenir hors-la-loi du jour au lendemain », s’alarme le député du Rhône. Il souligne qu’une telle citoyenne ne serait sanctionnée ni pour un vol, ni pour une agression, ni pour une menace, mais uniquement pour avoir recouvert ses cheveux.
Interpellant directement les partisans du parti, l’élu a promis une résistance ferme. Il a assuré que la gauche ne laisserait pas confisquer aux musulmans une liberté que la République garantit à chaque individu.
Un « projet autoritaire » selon les élus insoumis
Thomas Portes, député LFI de Seine-Saint-Denis, adopte un ton encore plus grave. Il prévient qu’une arrivée de l’extrême droite au pouvoir entraînerait une islamophobie d’État menaçant des millions de personnes. Selon lui, les musulmans seraient alors visés et pourchassés dans les rues du pays.
De son côté, Bastien Lachaud qualifie la mesure d’islamophobe et raciste. Il y voit un projet autoritaire heurtant les fondements de la République, à savoir la Constitution, la laïcité et les libertés publiques.
L’élu s’insurge également contre le fait que certains médias débattent calmement de cette proposition comme s’il s’agissait d’une idée banale. Il rappelle que ces discours ne sont pas anodins et qu’ils légitiment discriminations et actes violents, brisant des existences.
Une mesure jugée inconstitutionnelle
Fabrice Riceputi, enseignant et historien spécialiste de la colonisation, dénonce quant à lui une « ridicule surenchère raciste et islamophobe ». Il vise ainsi la volonté du RN de faire du port du voile un délit.
Ce chercheur, expert des questions coloniales et postcoloniales en France, estime qu’une telle amende serait tout simplement contraire à la Constitution. Il redoute néanmoins que cette escalade de démagogie électorale ne fasse que débuter.
Cette polémique illustre la place centrale qu’occupent déjà les questions identitaires et religieuses dans la préparation de la présidentielle française. À mesure que la campagne s’installera, le débat sur le voile et la laïcité risque de s’intensifier davantage, cristallisant les tensions entre l’extrême droite et la gauche.
