Un mariage franco-algérien refusé en France relance le débat sur les unions suspectées de complaisance. À Saint-Omer, dans le Pas-de-Calais, un ressortissant algérien et sa compagne française voient leur projet de mariage bloqué par la justice, qui redoute une manœuvre pour régulariser un séjour. Le couple, lui, dénonce une décision injuste et a saisi les tribunaux.
Un mariage franco-algérien refusé après une enquête d’intégration
Ensemble depuis trois ans, Mawloud Kaddour Djebbar, 40 ans, et Émilie Raoult, 34 ans, souhaitaient sceller leur relation par un mariage. Leur dossier a pourtant été rejeté à l’issue d’une enquête administrative.
Les autorités soupçonnent une union destinée à régulariser la situation du ressortissant algérien, déjà visé par deux obligations de quitter le territoire français. Le couple conteste fermement cette lecture des faits.
Une rencontre et une vie commune à Saint-Omer
Les deux amoureux se sont croisés pour la première fois dans un bar, en mai 2023. Quelques mois plus tard, en février 2024, ils décident de vivre sous le même toit dans cette commune du nord de la France.
« Il vivait avec son frère, je lui ai proposé de s’installer ici », confie Émilie Raoult à la presse locale. Le couple achète ensuite ses alliances puis dépose son dossier de mariage en janvier 2026.
L’opposition du procureur de la République
À la suite d’une enquête d’intégration, le procureur s’oppose formellement à cette union. Il évoque un possible mariage blanc destiné à faciliter le maintien de Mawloud Kaddour Djebbar sur le sol français.
Cette opposition officielle est rendue au mois d’avril. Pour l’avocat du couple, Me Fusillier, la réalité est tout autre : « C’est vraiment une histoire d’amour entre les deux », affirme-t-il.
Le parcours d’un Algérien marqué par les refus de séjour
Originaire de la wilaya de Chlef, dans le nord de l’Algérie, Mawloud Kaddour Djebbar a quitté son pays en 2012 pour tenter sa chance à l’étranger. Il rejoint la France en 2022, muni d’un titre de séjour italien.
À son arrivée, il travaille plusieurs mois dans le secteur du bâtiment. Mais son projet d’installation se heurte rapidement à une série de blocages administratifs.
Deux OQTF et des demandes rejetées
En juillet 2023, il essuie un premier refus de titre de séjour, assorti d’une obligation de quitter le territoire. Après un retour temporaire en Algérie, il revient à Saint-Omer avec son permis italien.
En mai 2024, il dépose une nouvelle demande de carte de séjour, elle aussi rejetée. En avril 2025, le préfet lui délivre une seconde OQTF, justifiée par des attaches jugées trop faibles en France.
Le refus du mariage franco-algérien porté devant la justice
La situation administrative de l’Algérien continue de se compliquer. En mai 2026, le tribunal administratif de Lille rejette son recours, estimant son insertion sociale et professionnelle insuffisante.
L’intéressé conteste cette appréciation. Il indique suivre des cours de français à la Croix-Rouge, donner régulièrement son sang et exercer comme commerçant ambulant.
Les arguments de la défense
Par l’intermédiaire de son avocat, Mawloud Kaddour Djebbar a lancé une procédure contre l’opposition à son mariage. Il conteste parallèlement la décision administrative devant la cour d’appel de Douai.
Me Fusillier s’appuie sur l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, relatif au respect de la vie privée et familiale. Il met en avant l’intégration professionnelle de son client ainsi que la solidité de son couple.
Le désarroi d’Émilie Raoult
Du côté de la jeune femme, l’incompréhension domine. « Monsieur Kaddour Djebbar a une vie de couple », insiste son avocat pour appuyer la sincérité de leur relation.
Émilie, elle, résume son état d’esprit avec émotion : « Il n’a rien fait… J’en suis malade. On veut juste vivre normalement », déclare-t-elle.
Ce mariage franco-algérien refusé illustre la tension croissante entre projets de vie personnels et contrôle des situations administratives. La décision de la cour d’appel de Douai déterminera si le couple pourra enfin officialiser son union. En attendant, l’affaire relance les interrogations sur la frontière parfois floue entre suspicion de fraude et respect de la vie privée.
