Les visas Schengen en Algérie au cœur d’une enquête judiciaire élargie
Ce qui n’était au départ qu’une affaire interne au consulat d’Espagne à Alger s’étend aujourd’hui à un acteur central du dispositif. La société BLS International, qui gère la réception et le traitement des dossiers de visas Schengen, fait l’objet d’une attention particulière de la part des autorités judiciaires.
La magistrate chargée du dossier en Espagne, Maria Tardon, soupçonne la présence de complices au sein même de l’entreprise. Selon les éléments recueillis, certains employés auraient pu prendre part activement au trafic organisé par des responsables consulaires.
Retour sur les premières arrestations
En avril dernier, la justice espagnole avait déjà frappé fort en interpellant deux personnes clés. Le vice-consul d’Espagne à Alger, Vicente Moreno, ainsi qu’un employé de nationalité algérienne, Mohamed Boutouchent, avaient été placés en détention dans le cadre de cette affaire.
L’épouse du numéro deux du consulat a elle aussi été mise en cause dans cette procédure. Elle n’a toutefois pas fait l’objet d’une arrestation, contrairement aux deux autres protagonistes du dossier.
Un marché parallèle des visas espagnols pour les Algériens
Les investigations ont mis au jour un réseau structuré qui avait transformé la délivrance des visas en une véritable activité lucrative. L’obtention du précieux document devenait ainsi accessible à ceux capables de payer le prix fort.
D’après les révélations de l’enquête, certaines familles algériennes acceptaient de débourser jusqu’à 25 000 euros pour décrocher un visa Schengen espagnol. Cette pratique illégale reposait sur un système bien rodé, orchestré depuis l’intérieur du consulat.
Le réseau, dirigé par le vice-consul, impliquait plusieurs agents espagnols et algériens travaillant au sein de la représentation diplomatique. Les enquêteurs tentent désormais de déterminer si BLS International a joué un rôle dans ce dispositif et à quel niveau.
Des pots-de-vin collectés par un circuit d’intermédiaires
L’enquête visant le prestataire indien cherche notamment à vérifier une hypothèse précise. Il s’agit de savoir si des employés de BLS sélectionnaient en priorité les candidats ayant préalablement versé des sommes illicites pour obtenir leur visa.
Ce point est crucial pour comprendre l’ampleur du système. La société assure en effet la collecte et le traitement des demandes de visas Schengen espagnols sur le territoire algérien, ce qui lui confère une position stratégique dans la chaîne de traitement des dossiers.
Un blanchiment via l’achat de véhicules
Au-delà de la simple corruption, l’affaire révèle un mécanisme financier plus complexe. L’argent liquide versé par les demandeurs était d’abord rassemblé puis redistribué par des intermédiaires avant d’être acheminé vers l’Espagne.
Une fois sur le sol espagnol, ces fonds étaient blanchis, notamment à travers le marché de l’achat de véhicules. Ce circuit permettait de dissimuler l’origine frauduleuse des sommes collectées auprès des candidats algériens.
Des tensions diplomatiques entre l’Algérie et l’Espagne
Ce scandale s’inscrit dans un climat déjà tendu entre les deux pays. Plusieurs hommes d’affaires espagnols reprochent au consulat d’Espagne à Alger de freiner, voire de bloquer, l’instruction des demandes de visas.
Ces blocages fragilisent les échanges économiques et pèsent sur les relations bilatérales entre Alger et Madrid. L’affaire des visas Schengen en Algérie dépasse donc largement le cadre judiciaire pour toucher à la coopération entre les deux États.
La situation actuelle des principaux accusés
Les deux hommes arrêtés en avril bénéficient désormais d’une liberté provisoire après avoir été présentés devant le juge. Cette décision ne met toutefois pas fin aux poursuites qui les visent.
Le vice-consul a d’ailleurs retrouvé un poste au sein du ministère espagnol des Affaires étrangères. Il exerce aujourd’hui à la sous-direction générale des affaires patrimoniales, tout en étant frappé d’une interdiction de quitter le territoire espagnol.
L’élargissement de l’enquête à BLS International marque une étape déterminante dans ce dossier sensible. Les prochaines conclusions de la justice espagnole pourraient bien redéfinir les responsabilités dans ce trafic de visas qui continue d’agiter les relations entre l’Algérie et l’Espagne.