La lutte contre la fraude aux devises en Algérie franchit une nouvelle étape. Face à la multiplication des manœuvres illégales liées aux transferts de capitaux vers l’étranger, la Banque d’Algérie vient de constituer une équipe dédiée de 21 agents chargés de traquer les contrevenants. Cette mesure marque la volonté des autorités de renforcer le contrôle des mouvements financiers transfrontaliers.
Un dispositif renforcé contre la fraude aux devises
Pour endiguer un phénomène qui prend de l’ampleur depuis plusieurs années, l’institution monétaire centrale se dote d’un instrument de surveillance élargi. Les infractions visées concernent principalement la surfacturation et la sous-facturation des opérations commerciales avec l’extérieur.
Ces pratiques permettent à certains opérateurs de dissimuler des transferts de capitaux ou de conserver frauduleusement des recettes en devises. Elles portent un préjudice direct aux réserves de change du pays, un enjeu stratégique pour l’économie nationale.
La nomination de ces contrôleurs vise donc à mieux détecter les manquements à la législation encadrant les échanges monétaires et les flux de capitaux entre l’Algérie et l’étranger.
21 agents habilités à constater les infractions sur les devises
La création de cette cellule de contrôle a été officialisée par un arrêté émanant du ministère de la Justice. Ce texte encadre la désignation d’agents de la Banque centrale autorisés à relever les infractions liées à la réglementation des changes.
Les identités des personnes concernées figurent dans l’annexe de l’arrêté paraphé par le ministre de la Justice, Lotfi Boudjemaa. L’équipe se compose précisément de trois contrôleurs et de dix-huit contrôleurs chargés d’études.
Des prérogatives élargies pour la Banque centrale
Grâce à ce cadre juridique, ces agents disposent désormais du pouvoir de constater officiellement les violations en matière de devises. Ils interviennent sur l’ensemble des opérations de transfert de capitaux depuis et vers le territoire national.
Cette habilitation confère à la Banque d’Algérie un rôle accru dans la surveillance des flux financiers internationaux. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large de sécurisation des ressources en monnaie étrangère du pays.
Une réponse directe aux alertes du président Tebboune
La constitution de cette équipe intervient environ trois mois après les déclarations du président de la République, Abdelmadjid Tebboune. Le chef de l’État avait publiquement dénoncé la sous-facturation des exportations hors hydrocarbures.
Lors d’un entretien accordé à des médias nationaux et diffusé le 3 mai dernier, il avait employé une formule frappante pour illustrer l’évolution du problème. « Je me suis débarrassé de la issaba de la surfacturation pour tomber sur celle de la sous-facturation », avait-il affirmé.
Le président avait également révélé un chiffre préoccupant : selon lui, 350 millions issus des exportations hors hydrocarbures n’auraient jamais été rapatriés en Algérie. Ce constat traduit l’urgence de renforcer les mécanismes de contrôle.
Les enjeux du rapatriement des devises pour l’économie algérienne
Le rapatriement des recettes en devises constitue un pilier essentiel de la politique économique du pays. Chaque somme non ramenée sur le territoire représente une perte sèche pour les réserves de change nationales.
La sous-facturation permet aux exportateurs de déclarer des montants inférieurs à la valeur réelle de leurs marchandises. La différence reste ainsi à l’étranger, échappant au circuit financier officiel algérien.
À l’inverse, la surfacturation gonfle artificiellement le coût des importations pour justifier des transferts de fonds excessifs vers l’extérieur. Ces deux mécanismes alimentent les fuites de capitaux que les autorités cherchent à endiguer.
Vers un contrôle plus strict des opérations commerciales
La Banque d’Algérie a par ailleurs durci les règles encadrant le retour des devises issues des exportations. Cette orientation confirme la priorité accordée à la préservation des ressources monétaires du pays.
Le déploiement des 21 nouveaux agents s’inscrit pleinement dans cette dynamique de vigilance renforcée. Leur mission consistera à identifier les opérateurs qui contournent la réglementation des changes en vigueur.
La mise en place de cette équipe de contrôle témoigne d’une volonté claire de responsabiliser les acteurs du commerce extérieur. En s’attaquant frontalement à la fraude aux devises, l’Algérie entend protéger ses réserves stratégiques et assainir ses échanges internationaux. Reste à mesurer, dans les mois à venir, l’efficacité concrète de ce nouveau dispositif de surveillance.
