Le retour en Algérie de Tewffik Bouallag, ancien combattant de Daech condamné en France, se heurte à un blocage administratif complexe. À 43 ans, cet homme libéré de prison souhaite quitter définitivement le territoire français, mais les autorités algériennes n’ont pas encore validé sa réadmission. Une situation qui illustre les tensions entre Alger et Paris.
Né à Dreux en 1983, Bouallag a rejoint la Syrie entre 2013 et 2014 avant d’être arrêté et jugé. La justice française l’a condamné à treize années de réclusion criminelle pour association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste. Son parcours illustre celui de nombreux ressortissants partis grossir les rangs du groupe État islamique.
Après avoir purgé sa peine, il a été libéré en avril 2026 puis immédiatement transféré vers un centre de rétention administrative situé à Lesquin, dans le département du Nord. Depuis, il ne cesse d’exprimer sa volonté de rompre avec la France pour s’installer de l’autre côté de la Méditerranée.
Pourquoi l’Algérie hésite à accepter son retour
Vue depuis Alger, la demande de cet ancien djihadiste ne déclenche aucune obligation automatique de réadmission. L’acceptation d’un retour dépend de plusieurs paramètres administratifs et diplomatiques précis.
Parmi ces critères figurent la reconnaissance effective de la nationalité, la disponibilité des documents de voyage et la décision finale des autorités consulaires algériennes. Or, Bouallag est né sur le sol français et détenait initialement la nationalité française, ce qui complique la lecture de son dossier.
Accueillir un homme né et éduqué en France, condamné pour terrorisme, représente un défi politique délicat pour Alger. Aucune décision définitive n’a toutefois été prise, laissant le dossier en suspens.
Un dossier marqué par une rupture assumée avec la France
Le cas de cet ex-combattant de Daech est indissociable de son rapport à la nationalité française. Après avoir détenu ce statut, il a formulé une demande officielle pour se libérer de ses liens d’allégeance avec l’Hexagone.
Dans un courrier envoyé à la préfecture de l’Indre, il exprimait clairement son ressenti : « Je ne me suis jamais senti français et je le serai jamais. » Ces mots traduisent une volonté de rupture totale avec son pays de naissance.
Son avocat, Me Romain Ruiz, qualifie ce dossier de « problème insoluble ». Le conseil met en avant des considérations à la fois politiques et diplomatiques qui dépassent le simple cadre juridique et paralysent toute avancée.
Alger et Paris dans une période de fortes tensions
Cette affaire éclate dans un contexte de crise durable entre l’Algérie et la France. Les frictions diplomatiques qui minent les deux capitales pèsent directement sur les procédures d’éloignement visant les ressortissants algériens.
Ces désaccords ont ralenti de façon notable les mécanismes de réadmission. De nombreux dossiers restent bloqués faute de coopération fluide entre les administrations des deux rives de la Méditerranée.
Des chiffres qui traduisent le ralentissement des expulsions
Selon les données rapportées par la Cimade, les Algériens constituent environ un tiers des quelque 16 000 personnes placées en rétention administrative en France dans l’attente d’un départ forcé. Ce poids statistique illustre l’ampleur du sujet.
En 2025, la France a procédé à l’expulsion de 263 ressortissants algériens. Ce total représente un chiffre environ quatre fois inférieur à celui enregistré l’année précédente, signe d’un net blocage des reconduites.
L’Algérie n’a pas encore validé sa réadmission
Pour plusieurs spécialistes du droit des étrangers, la responsabilité ne repose pas uniquement sur les épaules des autorités algériennes. Certains pointent aussi le manque d’anticipation du côté français.
Anaïs Place, avocate et coprésidente de l’Association pour le droit des étrangers, considère que l’administration française aurait dû préparer la situation de Bouallag bien avant sa sortie de détention. Selon elle, cette absence de préparation a contribué à l’impasse actuelle.
De son côté, l’ancien djihadiste a lui-même engagé des démarches auprès du consulat algérien pour obtenir un passeport et faciliter son départ. Toutefois, aucun transfert ne peut avoir lieu sans le feu vert explicite des autorités d’Alger.
Pour l’heure, l’Algérie n’a pas totalement fermé la porte à ce retour, mais elle n’a pas non plus donné son accord. Accueillir un homme né et grandi en France, condamné pour terrorisme, demeure une équation particulièrement sensible pour les responsables algériens. Le dossier Bouallag risque ainsi de rester bloqué tant que les relations entre les deux pays ne s’apaiseront pas.
