Le projet ferroviaire Alger-Tamanrasset entre dans une phase déterminante avec la déclaration d’utilité publique de deux tronçons majeurs dans le Grand Sud algérien. Cette avancée débloque les démarches foncières et rapproche le pays du démarrage des travaux, attendu avant la fin de l’été 2026.
Officialisée par le décret exécutif n° 26-273, signé le 1er août 2026 et paru au Journal officiel n° 57, cette étape porte sur deux segments stratégiques de la future liaison. Le premier reliera El Meniaâ à In Salah sur 410 kilomètres, tandis que le second couvrira 676 kilomètres entre In Salah et Tamanrasset. Ensemble, ces deux sections totalisent 1086 kilomètres de voies nouvelles.
La déclaration d’utilité publique autorise l’État à lancer les procédures d’expropriation indispensables au chantier. Le texte concerne une emprise de 6055 hectares, répartie sur les wilayas d’El Meniaâ, d’In Salah et de Tamanrasset. Les propriétaires touchés percevront des indemnités, dont les montants seront déposés auprès du Trésor public.
Une ligne ferroviaire conçue pour les défis du Sahara
Les données techniques révèlent l’envergure exceptionnelle de ce projet ferroviaire. Le segment El Meniaâ-In Salah permettra aux trains de voyageurs de rouler jusqu’à 220 km/h, alors que les convois de marchandises circuleront à une vitesse maximale de 100 km/h.
Cette section intégrera sept tunnels, treize viaducs, dix ouvrages ferroviaires, vingt-huit ouvrages routiers et pas moins de 420 ouvrages hydrauliques. Une gare mixte est prévue à In Salah, accompagnée de onze gares de croisement. Sur le tronçon In Salah-Tamanrasset, le tracé exigera 26 viaducs, 23 ouvrages ferroviaires, 23 ouvrages routiers et 285 ouvrages hydrauliques, complétés par sept gares et douze points de croisement.
Pour garantir sécurité et fluidité, la ligne sera équipée du système de signalisation ERTMS-ETCS de niveau 1. Un réseau de télécommunications GSM-R déployé sur fibre optique viendra renforcer l’exploitation de cet axe majeur.
Des travaux dont le lancement est fixé avant septembre
Le calendrier de la liaison Alger-Tamanrasset s’est affiné au fil des derniers mois. À l’occasion d’une réunion de travail tenue le 1er juin 2026, le président Abdelmadjid Tebboune a exigé le démarrage des travaux au plus tard en septembre.
Trois grands chantiers ont été retenus à cette occasion : Ouargla-In Salah, In Salah-Tamanrasset et Tamanrasset-In Salah. La coordination de ces différents fronts sera déterminante pour respecter les échéances fixées par les autorités.
Un horizon de mise en service en 2028
L’ambition affichée demeure une entrée en service complète de la liaison d’ici la fin de 2028. Une fois finalisé, ce corridor ferroviaire s’étirera sur près de 2006 kilomètres, traversera huit wilayas et desservira plus de sept millions d’habitants.
Un axe ferroviaire stratégique pour l’économie algérienne
Au-delà de la mobilité des voyageurs, la ligne Alger-Tamanrasset s’inscrit dans une logique de développement économique du sud du pays. Ce nouveau réseau doit fluidifier le transport des ressources minières vers les pôles industriels et les infrastructures portuaires du littoral.
Parmi les richesses concernées par cette stratégie logistique figurent le minerai de fer de Gara Djebilet et le phosphate de Bled El Hadba. L’acheminement de ces matières premières constitue un levier important pour renforcer les capacités d’exportation de l’Algérie.
Cette dynamique s’inscrit dans une tendance plus large au Maghreb, où plusieurs États investissent massivement dans le rail pour désenclaver leurs territoires intérieurs et valoriser leurs bassins de ressources naturelles.
Un projet ferroviaire désormais dans une phase concrète
Avec la sécurisation du foncier, la fixation du calendrier des travaux et des études techniques déjà détaillées, la liaison Alger-Tamanrasset franchit un cap opérationnel. L’enjeu consistera à transformer ces jalons administratifs et techniques en un chantier à grande échelle.
La réussite de ce projet pourrait redessiner durablement la géographie économique de l’Algérie en rapprochant le nord densément peuplé du Grand Sud saharien. Reste à confirmer, sur le terrain, la capacité à tenir des délais aussi ambitieux.
