Le retrait des compagnies pétrolières et gazières du Maroc soulève de nombreuses questions sur la véritable richesse du sous-sol marocain. Alors que le Royaume multiplie les efforts pour réduire sa dépendance énergétique en séduisant les investisseurs étrangers, plusieurs opérateurs ont préféré plier bagage avant même d’atteindre une production commerciale stable.
L’annonce du départ de la britannique Sound Energy, présente sur le territoire depuis plus de dix ans, ravive ces interrogations sur le potentiel réel des hydrocarbures locaux. D’après une analyse relayée par le média spécialisé Attaqa, au moins sept sociétés étrangères ont abandonné le secteur depuis 2017. Les motivations mêlent contraintes géologiques, difficultés de financement et choix stratégiques propres à chaque groupe.
Des gisements marocains prometteurs mais difficiles à rentabiliser
Parmi les entreprises ayant réduit ou stoppé leurs opérations dans le Royaume figurent Circle Oil, Gulfsands, Europa Oil & Gas, SDX Energy, Energean, Genel Energy et, plus récemment, Sound Energy. Plusieurs d’entre elles avaient pourtant communiqué sur des découvertes ou repéré des zones à fort potentiel.
Le parcours d’Europa Oil & Gas résume parfaitement ces obstacles. La société britannique avait décroché le permis offshore d’Inezgane, situé au large d’Agadir, en vantant des perspectives importantes. Pourtant, en novembre 2022, elle a renoncé à passer à l’étape suivante de l’exploration.
Dans son communiqué, Europa justifiait ce choix par le coût d’un forage d’exploration qu’elle ne pouvait assumer sans partenaire. Le groupe soulignait également le faible appétit du marché pour la prospection pétrolière en eaux profondes à cette période.
Le sous-sol, un facteur d’incertitude majeur
La géologie représente un autre défi de taille pour l’exploration au Maroc. Selon l’analyse d’Attaqa, certains puits ont été touchés par des infiltrations d’eau, tandis que la présence d’argile complique aussi bien les forages que l’évaluation des réservoirs.
L’étude met par ailleurs en évidence le décalage entre les volumes annoncés et les résultats obtenus sur le terrain. La compagnie grecque Energean avait ainsi reconnu que les performances du puits Anchois-3 s’étaient révélées en dessous des projections initiales.
Le départ de Sound Energy ne sonne pas la fin de l’exploration
Le cas de Sound Energy mérite néanmoins d’être analysé avec nuance. Dès 2024, la société avait déjà cédé une part importante de ses intérêts marocains au groupe Managem, acteur minier local de premier plan.
En mai 2026, elle a annoncé la cession de sa participation résiduelle de 20 % dans le champ de Tendrara, dans le cadre d’une transaction évaluée à 57 millions de dollars. Ce retrait concerne également les projets d’Anoual et de Grand Tendrara.
Le groupe britannique a présenté cette opération comme un moyen d’alléger sa dette et de réorienter ses capitaux vers d’autres segments énergétiques. Ce désengagement s’inscrit donc dans une logique financière plutôt que dans un rejet du marché marocain.
De nouveaux acteurs prennent le relais
Ces départs successifs ne traduisent pas un abandon du Maroc par l’industrie des hydrocarbures. Certains observateurs évoquent toutefois une forme de préférence accordée aux compagnies américaines dans l’attribution des permis.
En janvier 2026, l’Office national des hydrocarbures et des mines a d’ailleurs conclu un accord avec l’américaine Murphy Oil. Ce contrat porte sur dix permis d’exploration offshore couvrant près de 17 000 km² le long de la façade atlantique marocaine.
Cette dynamique confirme que le cadre réglementaire marocain reste attractif pour les nouveaux explorateurs. Le pays continue de miser sur ses ressources maritimes pour renforcer son indépendance énergétique face à des importations coûteuses.
Un paradoxe énergétique qui interroge le Maghreb
Le Maroc se trouve face à une équation complexe, partagée par plusieurs États de la région maghrébine en quête d’autonomie énergétique. Le Royaume parvient à séduire les investisseurs, mais peine à convertir ses promesses géologiques en réserves réellement exploitables.
Cette difficulté à passer de la découverte à la production commerciale constitue le principal frein au développement du secteur. Dans un contexte régional marqué par de fortes ambitions énergétiques, la question du financement des forages demeure déterminante.
Reste à savoir si la géopolitique joue un rôle central dans ces arbitrages, alors que la concurrence entre acteurs internationaux s’intensifie autour des ressources nord-africaines. Le potentiel des hydrocarbures marocains ne pourra se confirmer qu’à travers des résultats tangibles sur le long terme.