Les réseaux de passeurs algériens vers l’Europe subissent des coups sévères. Cette semaine, les forces de l’ordre italiennes et espagnoles ont mené deux vastes opérations contre l’immigration clandestine reliant l’Algérie au Vieux Continent. Plusieurs dizaines de personnes ont été interpellées de part et d’autre de la Méditerranée.
Depuis plusieurs années, quitter l’Algérie pour s’installer légalement en Europe relève du parcours du combattant. Les États membres ont progressivement renforcé leurs cadres juridiques en matière migratoire tout en limitant drastiquement l’octroi de visas Schengen aux ressortissants algériens. Parallèlement, les reconduites à la frontière de personnes en situation irrégulière se sont multipliées.
Deux réseaux de passeurs algériens visés en Italie et en Espagne
Face au verrouillage des voies légales, de nombreux candidats au départ n’envisagent plus qu’une seule alternative : la traversée clandestine, connue sous le nom de « harga ». Au fil du temps, des filières structurées ont vu le jour pour rallier la rive nord de la Méditerranée, principalement vers l’Espagne et l’Italie.
Sur place, ces migrants espèrent obtenir une régularisation administrative. Mais cette échappatoire se retrouve elle aussi de plus en plus compromise par la coopération policière européenne.
Coup sur coup, les autorités des deux pays ont fait état, séparément, du démantèlement de filières d’immigration illégale opérant entre le territoire algérien et l’Europe.
Une filière stoppée entre l’Algérie, la Sardaigne et la France
Le jeudi 6 août, la justice italienne a communiqué sur le démantèlement d’un groupe criminel spécialisé dans le passage clandestin. Ce réseau était actif sur l’axe reliant l’Algérie à la Sardaigne, puis à la France.
Huit ressortissants algériens ont été placés en détention provisoire à l’issue de l’enquête. Parmi eux figure le meneur présumé de cette organisation, soupçonnée d’avoir orchestré jusqu’à 60 traversées illégales.
Un vaste coup de filet en Espagne
Le lendemain, vendredi 7 août, la police espagnole a dévoilé une opération d’une ampleur encore plus grande. Les enquêteurs ont mis au jour un important réseau criminel d’origine algérienne mêlant à la fois trafic de migrants et trafic de stupéfiants entre l’Algérie et l’Espagne.
Cette action a mobilisé conjointement la Guardia Civil et la Police nationale espagnole. Elle a bénéficié de l’appui d’Europol ainsi que des services de police français, portugais et polonais.
Au terme des investigations, 78 individus ont été appréhendés : 77 en Espagne et un en Algérie. Parmi eux, 27 ont été écroués dans l’attente de leur procès.
12 000 euros pour une traversée entre l’Algérie et l’Espagne
Les personnes interpellées comptent quatre figures majeures identifiées comme cibles prioritaires par les enquêteurs. Un « hawalader », c’est-à-dire un changeur de devises, faisait également partie du dispositif.
Ce dernier était chargé de superviser la circulation des fonds au moyen d’un système informel de transfert d’argent. Selon les estimations des autorités, l’organisation aurait dégagé plus de 24 millions d’euros de profits grâce à ses activités illicites.
La plus grosse structure algérienne détectée en Méditerranée
D’après les responsables espagnols, il s’agirait de la plus vaste organisation d’origine algérienne dédiée au transport de migrants par embarcations rapides, appelées « Sarii », jamais repérée sur cette route maritime.
Les forces de l’ordre ont saisi 18 vedettes rapides, dont la valeur totale dépasserait cinq millions d’euros. Ces engins constituaient le cœur logistique de la filière.
Un double trafic entre les deux rives
Le fonctionnement du réseau reposait sur un mécanisme à double sens particulièrement lucratif. À l’aller, de la MDMA était expédiée vers l’Algérie, tandis qu’au retour, des migrants embarquaient en direction des côtes espagnoles.
Certains candidats à l’exil déboursaient jusqu’à 12 000 euros pour une seule traversée. Ce tarif illustre le poids financier considérable de ces filières et l’ampleur du marché de l’immigration clandestine.
Ces deux opérations coordonnées témoignent de l’intensification de la lutte européenne contre les réseaux de passeurs algériens. Alors que les voies légales se rétrécissent, l’avenir de la « harga » vers l’Espagne et l’Italie apparaît désormais plus incertain que jamais.