Une affaire d’espionnage entre la France et l’Azerbaïdjan révèle que l’Algérie figurait parmi les cibles des renseignements français. Ces faits, désormais confirmés par la justice azerbaïdjanaise, sont antérieurs à la crise diplomatique qui oppose Paris et Alger depuis juillet 2024. Ils soulèvent une question sensible sur les activités de renseignement de la France concernant les relations extérieures algériennes.
Un homme d’affaires français condamné pour espionnage en Azerbaïdjan
Le Français Martin Rayan a été condamné de manière définitive à dix ans de prison pour espionnage. Le verdict a été prononcé le mercredi 29 juillet par la Cour d’appel de Bakou, rendant la peine désormais exécutoire.
Cette décision ferme la voie à tout recours et confirme la sévérité de la sentence prononcée en première instance. L’homme d’affaires purgera donc l’intégralité de la peine décidée par la justice azerbaïdjanaise.
Face à ce verdict, le ministère français des Affaires étrangères a réagi fermement. Le Quai d’Orsay a dénoncé la condamnation et rejeté à nouveau les accusations avancées par Bakou pour légitimer ce qu’il qualifie d’actes hostiles envers la France.
Des relations franco-azerbaïdjanaises très dégradées
Cette affaire s’inscrit dans un contexte de vives tensions entre les deux États. Depuis le conflit armé de septembre 2023 entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, les relations diplomatiques se sont fortement détériorées.
Bakou reproche en effet à Paris son appui affiché à l’Arménie durant cette guerre. Ce ressentiment nourrit depuis une méfiance persistante entre les autorités azerbaïdjanaises et françaises.
L’Algérie visée par les missions d’espionnage françaises
D’après les informations rapportées par la presse française, Martin Rayan a été interpellé en décembre 2023. Il résidait alors depuis quatre ans en Azerbaïdjan, où il menait des activités d’affaires.
Selon l’accusation, il aurait été recruté par des agents de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE). Ces derniers officiaient au sein de l’ambassade de France à Bakou avant d’être expulsés du territoire azerbaïdjanais.
Ces agents auraient confié à l’homme d’affaires une mission précise : recueillir des renseignements sur les liens entretenus par l’Azerbaïdjan avec de nombreux pays. Parmi ceux-ci figurait explicitement l’Algérie.
Un vaste champ de surveillance dépassant l’Algérie
Les missions attribuées à Martin Rayan ne se limitaient pas aux seules relations algéro-azerbaïdjanaises. Il aurait également été chargé de surveiller les rapports de Bakou avec la Turquie, l’Iran, le Pakistan et la Somalie.
L’accusation évoque aussi d’autres tâches sensibles confiées à l’homme d’affaires. Il aurait dû photographier des armements livrés à l’Azerbaïdjan par le Pakistan, ainsi que rassembler des informations sur des sociétés proches de la Russie et de la Chine.
Ce large éventail de cibles illustre l’ampleur présumée du dispositif de renseignement mis en cause par les autorités azerbaïdjanaises. L’Algérie apparaît ainsi comme un maillon parmi de nombreux intérêts stratégiques surveillés.
Un procès conclu par une lourde condamnation
Le procès de Martin Rayan s’est ouvert en janvier 2025 devant la justice azerbaïdjanaise. Le 16 mars suivant, il a été déclaré coupable d’espionnage à l’issue des débats.
Il n’était pas seul sur le banc des accusés. Un complice de nationalité azerbaïdjanaise a également été jugé et condamné à douze ans de prison pour « haute trahison ».
Cette affaire d’espionnage met en lumière des pratiques de renseignement qui dépassent le seul cadre bilatéral franco-azerbaïdjanais. Le fait que l’Algérie ait été explicitement citée parmi les cibles pourrait alimenter davantage la défiance entre Alger et Paris, dans un contexte déjà marqué par de fortes tensions diplomatiques.
