L’allocation touristique de 750 euros se retrouve au cœur d’un vaste scandale judiciaire en Algérie. Plus de quinze personnes doivent comparaître devant la justice pour détournement de ce dispositif, à travers des montages frauduleux organisés autour des déplacements vers la Tunisie. L’audience programmée le mercredi 29 juillet devrait dévoiler l’étendue réelle de ce réseau.
Les services de sécurité algériens ont mis en lumière plusieurs techniques permettant de contourner les règles encadrant cette subvention touristique. D’après les éléments révélés par la presse locale, des filières organisaient l’entrée légale de citoyens algériens en territoire tunisien dans le seul but d’obtenir le cachet apposé sur les passeports.
Une fois cette formalité accomplie, les voyageurs étaient aussitôt ramenés en Algérie par des points de passage échappant à toute surveillance. Ce procédé permettait de ne jamais respecter la durée minimale de sept jours de séjour, condition pourtant indispensable pour toucher l’allocation.
Le mécanisme des voyages tournants pour détourner l’allocation touristique
Le stratagème ne s’arrêtait pas là. Les mêmes personnes étaient ensuite reconduites en Tunisie afin d’effectuer une sortie légale du territoire, condition nécessaire pour ne pas perdre le bénéfice de la somme allouée. Ce système de « voyages tournants » multipliait ainsi les opérations frauduleuses.
Grâce à ce dispositif, les organisateurs parvenaient à enchaîner les demandes sans que les bénéficiaires ne séjournent réellement sur le sol tunisien pendant la période exigée. Les magistrats ont assimilé ces agissements à une atteinte aux règles de change et à la circulation des capitaux.
À ces faits s’ajoute le non-respect des conditions d’octroi de la subvention touristique. Ce type de fraude illustre les défis que rencontrent plusieurs pays du Maghreb dans la maîtrise de leurs sorties de devises et la protection de leurs réserves monétaires.
L’exploitation de jeunes chômeurs au cœur du système frauduleux
Les enquêteurs ont révélé que certaines structures recrutaient de jeunes sans emploi pour accéder à l’allocation touristique. Ces recrues étaient acheminées vers la Tunisie pour une durée d’une semaine, avec pour seule contrepartie un hébergement pris en charge sur place.
Le réseau récupérait ensuite l’essentiel des 750 euros, revendus sur le marché parallèle des devises. Selon les sources judiciaires, chaque opération rapportait environ 50 000 dinars algériens par personne, correspondant à l’écart entre le taux officiel et le cours du marché noir.
Les personnes poursuivies devront répondre de détournement de l’allocation touristique et de violation de la réglementation sur les changes. Le parquet a par ailleurs retenu des chefs d’accusation liés à l’organisation de circuits illicites d’importation de devises.
Des bénéfices substantiels en un temps réduit
Le montant global détourné n’a pas été rendu public par les autorités. Les investigations ont néanmoins établi que ces filières avaient engrangé des gains considérables sur une période relativement brève, révélant une organisation bien rodée.
Des agences de voyage mises en cause dans la fraude
Le dossier implique également plusieurs agences de voyage disposant d’un agrément officiel. D’après les éléments transmis à la justice, ces professionnels du secteur touristique auraient contribué à propager des rumeurs autour d’une suppression imminente du dispositif.
Cette manœuvre visait à déclencher une vague de demandes urgentes et à perturber le déroulement normal des départs. En jouant sur l’inquiétude des voyageurs, ces acteurs auraient amplifié la pression sur le mécanisme d’attribution de la subvention.
Ces mêmes agences sont soupçonnées d’avoir annulé des séjours au dernier moment, après avoir encaissé les sommes équivalentes à l’allocation. De nombreux citoyens se sont alors dirigés seuls vers les postes frontaliers, hors des circuits encadrés, facilitant ainsi les manipulations.
Le paiement par carte bancaire acté en Conseil des ministres
Face à ces dérives, le président Abdelmadjid Tebboune a ordonné, lors du Conseil des ministres du 12 juillet 2026, une refonte des modalités de versement de l’allocation touristique. Désormais, ce droit de change de 750 euros sera exclusivement délivré par carte bancaire.
Le versement en espèces aux frontières, jusqu’ici la règle, est ainsi abandonné. Cette décision répond au constat d’abus répétés qui provoquaient une fuite massive de devises, sans que les bénéficiaires ne réalisent de véritable séjour à l’étranger.
L’objectif affiché est de réduire les possibilités de revente des devises sur le marché parallèle, principal moteur de ces opérations illégales. La réforme intervient un an après le lancement du dispositif, effectif depuis le 20 juillet 2025, qui prévoyait initialement un règlement en liquide aux points de passage.
Cette affaire met en évidence la fragilité des mécanismes de soutien aux voyages face aux réseaux de fraude organisés. Le procès du 29 juillet pourrait constituer un signal fort dans la lutte contre les infractions au change, un enjeu partagé par plusieurs économies de la région.
