La délivrance des visas aux Algériens s’impose de nouveau au cœur du débat politique français. Les propos de Stéphane Romatet, ambassadeur de France en Algérie, évoquant un retour probable à un rythme normal, ont ravivé les tensions à droite de l’échiquier politique. Un sujet devenu explosif à l’approche de la prochaine présidentielle.
Les visas pour les Algériens au centre des tensions bilatérales
Dans un entretien accordé le 15 juillet dernier, le diplomate français a laissé entrevoir une possible augmentation du nombre de visas délivrés aux ressortissants algériens dans les mois à venir. Ces déclarations interviennent dans un climat particulier.
Après près de deux années d’une crise diplomatique inédite entre Paris et Alger, les deux capitales semblent renouer le dialogue. L’ambassadeur inscrit ainsi ses propos dans une logique d’apaisement et de reprise des relations bilatérales.
Mais cette perspective d’assouplissement n’a pas manqué de faire réagir. En France, la question migratoire demeure un terrain politiquement miné, particulièrement lorsqu’elle touche à l’Algérie et aux accords historiques entre les deux nations.
La charge du Rassemblement national contre l’octroi de visas
La droite et l’extrême droite se sont rapidement emparées du dossier. Objectif affiché : fragiliser le gouvernement et engranger des points dans les sondages, à une dizaine de mois du scrutin présidentiel.
Lors de la dernière séance de questions au gouvernement, les élus du Rassemblement national ont vivement critiqué la volonté supposée de l’exécutif d’accroître le nombre de visas accordés aux Algériens. Un reproche formulé sans détour.
Le message d’Edwige Diaz aux Français
La députée RN Edwige Diaz a saisi cette tribune pour rappeler les positions de sa formation politique sur l’Algérie. Elle a notamment réclamé la remise en cause de l’accord de 1968 et défendu l’idée d’un référendum sur l’immigration.
L’élue a ensuite lancé une déclaration remarquée : « J’ai un message pour les 76 % de Français qui veulent suspendre l’octroi de visas aux Algériens et que vous ignorez : tenez bon, dans dix mois, c’est la renaissance ! »
Cette formule renvoie directement à l’échéance présidentielle à venir. Elle exprime la confiance du parti dans les chances de Marine Le Pen, actuellement donnée en tête des sondages pour cette élection.
La réponse mesurée du gouvernement français sur les visas
Face à cette offensive, c’est Jean-Noël Barrot, ministre français des Affaires étrangères, qui a pris la parole. Il a apporté des précisions chiffrées destinées à contrer le discours de l’opposition.
Selon le chef de la diplomatie française, le volume de visas accordés aux Algériens a en réalité reculé de 20 % en 2025, par rapport à l’année précédente. Un chiffre qui contredit l’idée d’une politique d’ouverture.
Une baisse attribuée aux restrictions du réseau diplomatique
Le ministre a tenu à préciser que cette diminution ne résultait d’aucune décision politique de Paris. Elle serait due « principalement en raison de la restriction de notre réseau diplomatique décidée par le gouvernement algérien », a-t-il expliqué.
Jean-Noël Barrot a également rappelé que Paris et Alger avaient enclenché une nouvelle dynamique dans leurs relations. Une manière de souligner la volonté commune de dépasser la période de tensions.
Concernant précisément la délivrance des visas, le ministre s’est voulu ferme : « Il n’y a aucun objectif chiffré. Notre politique ne répond à aucune logique de volume ou de quotas. Elle ne dépend que de l’appréciation de nos intérêts à défendre. »
Un dossier appelé à durer jusqu’à la présidentielle
La question des visas délivrés aux Algériens illustre les fractures qui traversent la scène politique française. Entre partisans d’un durcissement migratoire et défenseurs d’une relation apaisée avec Alger, les positions restent irréconciliables.
Alors que la campagne présidentielle se profile, ce dossier promet de rester un argument de choix pour l’extrême droite. Il concentre à lui seul les débats sur l’immigration, la souveraineté et l’héritage des accords franco-algériens.
Pour les autorités des deux pays, l’enjeu sera de préserver la reprise du dialogue bilatéral malgré les surenchères politiques. La suite dépendra largement de l’évolution du climat électoral en France dans les prochains mois.