L’expulsion vers l’Algérie d’une citoyenne française naturalisée depuis près de trente ans illustre les dérives possibles du durcissement des contrôles migratoires. Dans un climat marqué par la multiplication des OQTF visant les ressortissants algériens, cette affaire a nécessité l’intervention de la justice pour éviter une décision aussi absurde qu’injuste.
Aucun État ne renvoie ses propres nationaux à l’étranger. Pourtant, l’administration française a bien engagé une telle procédure contre une femme de 59 ans, détentrice de la nationalité française depuis 1997.
Une Française d’origine algérienne visée par une OQTF après trente ans
Cette affaire a été révélée le jeudi 23 juillet par la presse française. La femme, désignée sous le prénom de Soraya, avait quitté l’Algérie pour s’installer en France en 1993. Quatre ans plus tard, en 1997, elle obtenait la nationalité française.
Épouse d’un Français et mère de trois enfants, elle menait une existence ordinaire jusqu’en juin 2025. C’est à ce moment qu’elle décide de programmer un séjour familial dans son pays d’origine.
Le cauchemar à l’aéroport de Roissy
À son arrivée à l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, la police aux frontières lui annonce qu’elle serait en situation irrégulière. Les agents lui suggèrent même que sa meilleure option consisterait à embarquer sur ce vol à destination de l’Algérie.
Stupéfaite, Soraya refuse catégoriquement de monter dans l’avion. Elle est alors isolée plusieurs heures dans une cellule de la police aéroportuaire, puis soumise à un interrogatoire.
Libérée le jour même, elle se voit néanmoins notifier une obligation de quitter le territoire français sous 48 heures. À cela s’ajoute une interdiction de retour sur le territoire français (IRTF) valable un an.
La justice invalide la décision de la préfecture
Pour justifier cette mesure, la préfecture affirmait que la requérante aurait falsifié ou utilisé sous une fausse identité un titre de séjour ou un document de voyage. L’administration s’appuyait sur une décision de justice datant de 2001, censée établir son statut d’étrangère.
Cette argumentation présentait toutefois une contradiction majeure : le jugement invoqué daterait de 2001, soit quatre ans après la naturalisation de l’intéressée en 1997. Autrement dit, l’administration lui reprochait d’être étrangère alors qu’elle était déjà française.
Un jugement introuvable et des documents renouvelés sans encombre
Devant le tribunal, la préfecture s’est révélée incapable de produire le fameux jugement de 2001 sur lequel reposait toute sa procédure. Un manquement décisif pour la suite du dossier.
Par ailleurs, durant ses trente-trois années passées en France, Soraya avait renouvelé à plusieurs reprises ses papiers d’identité français. Aucune de ces démarches administratives n’avait jamais posé le moindre problème.
Le 21 juillet, le tribunal administratif de Montreuil a annulé l’OQTF et l’IRTF prononcées par la préfecture de police de Paris. Il a également ordonné à l’administration de restituer à l’intéressée sa carte d’identité ainsi que ses passeports français et algérien.
Un soulagement teinté d’un profond traumatisme
Si cette décision judiciaire apporte un immense soulagement à Soraya, elle garde de cette épreuve des séquelles durables. Pendant plus d’un an, elle a considérablement réduit ses déplacements, hantée par la peur d’une arrestation et d’un placement en centre de rétention.
« Je suis redevenue celle que j’étais avant, mais il sera difficile de me défaire du traumatisme que j’ai subi », confie-t-elle pour décrire l’ampleur de son désarroi.
Vers un recours contre l’État
Son avocat, Me Samy Djemaoun, s’indigne du traitement réservé à sa cliente. Il dénonce le fait d’avoir privé de liberté pendant neuf heures une personne considérée comme française depuis près de trente ans.
Le conseil pointe l’absurdité d’une procédure d’un an fondée sur un jugement que l’administration n’a jamais été en mesure de fournir. Une situation qu’il qualifie de particulièrement singulière.
Devant l’ampleur des préjudices infligés à Soraya, l’avocat n’écarte pas l’hypothèse d’engager un recours en responsabilité contre l’État français.
Cette affaire met en lumière les risques d’erreurs administratives dans un contexte de contrôles migratoires renforcés. Elle rappelle combien la vigilance judiciaire demeure essentielle pour protéger les droits fondamentaux, y compris ceux de citoyens pleinement français.