En Algérie, la publication de photos et vidéos sur les réseaux sociaux entre dans une nouvelle ère de contrôle. L’Autorité nationale de protection des données à caractère personnel (ANPDP) vient d’adopter une délibération qui encadre strictement la diffusion des contenus permettant d’identifier une personne. Cette mesure vise à protéger la vie privée des citoyens face à l’expansion du numérique.
Le texte, issu de la délibération n°04 adoptée le 15 juillet 2026, détaille les obligations qui incombent désormais aux particuliers, aux entreprises et aux médias. Il s’appuie sur la loi n°18-07 relative à la protection des personnes physiques dans le traitement de leurs données à caractère personnel.
Pourquoi de nouvelles règles pour la publication de photos et vidéos ?
La multiplication des plateformes comme Facebook, Instagram, TikTok, X ou YouTube a bouleversé la circulation des images en ligne. Ces contenus se propagent en quelques secondes, souvent sans l’accord des personnes qui y apparaissent. L’ANPDP considère qu’une image identifiant un individu, directement ou indirectement, relève bien d’une donnée à caractère personnel.
Dès lors, toute opération sur ce type de contenu tombe sous le coup de la loi 18-07. Cela concerne aussi bien la collecte que l’enregistrement, le stockage ou la diffusion des photos et vidéos. L’ambition affichée est double : sécuriser la vie privée des Algériens et uniformiser les usages numériques.
Cette initiative s’inscrit dans une tendance plus large observée au Maghreb, où plusieurs pays cherchent à moderniser leur cadre légal en matière de protection des données. La question du respect de la vie privée en ligne devient un enjeu régional majeur.
Le consentement, condition indispensable avant toute diffusion
Le cœur de cette réforme repose sur le principe du consentement préalable. Toute image destinée à être partagée sur les réseaux sociaux ou sur une plateforme accessible au public exige désormais une autorisation de la personne concernée. Cette autorisation doit être libre, explicite, donnée en amont et démontrable, sauf exception prévue par la loi.
La délibération va plus loin en imposant un devoir d’information envers les personnes filmées ou photographiées. Celles-ci doivent connaître l’identité du responsable du traitement ainsi que la finalité exacte de la captation des images.
Les informations obligatoires à communiquer
Parmi les éléments à transmettre figurent les canaux de diffusion prévus et la durée de conservation des contenus. Les personnes concernées doivent également être informées de leurs droits : accès, rectification, opposition, mais aussi possibilité de retirer leur consentement à tout moment.
Les plateformes étrangères aussi dans le viseur
La réglementation ne se limite pas aux acteurs nationaux. L’ANPDP alerte sur les réseaux sociaux gérés par des sociétés étrangères, dont les serveurs se trouvent en dehors du territoire algérien. Publier une image sur ces plateformes peut être assimilé à un transfert de données personnelles vers l’étranger.
Dans ce cas de figure, les responsables du traitement sont tenus de se conformer aux articles 44 et 45 de la loi 18-07. Ils doivent garantir un niveau de protection suffisant pour les données transférées et identifier avec précision le destinataire de ces informations sensibles.
Un droit de recours renforcé pour les citoyens
La délibération instaure enfin des protections concrètes pour les personnes dont l’image circulerait sans respecter la réglementation. Elles disposent désormais de la possibilité de saisir l’ANPDP via un service électronique dédié, accessible directement sur le site officiel de l’autorité.
Ce mécanisme de plainte ne les empêche pas de porter l’affaire devant les tribunaux si elles le souhaitent. Les deux voies restent complémentaires et permettent une défense élargie des droits individuels en matière d’image numérique.
Des obligations techniques pour les responsables
L’autorité rappelle également que les responsables du traitement doivent adopter des mesures techniques et organisationnelles adaptées. L’objectif est de protéger les données contre toute perte, altération, divulgation ou accès non autorisé. Tout manquement expose les contrevenants aux sanctions inscrites dans la loi n°18-07.
Avec cet arsenal réglementaire, les autorités algériennes veulent poser un cadre plus rigoureux autour de la publication de photos et vidéos en ligne. Cette démarche traduit une volonté d’adapter le droit aux réalités d’un environnement numérique en perpétuelle mutation, où la protection des données personnelles s’impose comme une priorité.
