L’hydrogène vert en Algérie figure désormais parmi les productions les plus compétitives du continent africain. Un rapport de l‘Agence internationale de l’énergie (AIE) place le pays dans le groupe des huit nations africaines capables de produire ce carburant bas carbone au moindre coût à l’horizon 2030. Les conditions naturelles et énergétiques du territoire national expliquent en grande partie ce positionnement avantageux.
Cette analyse, diffusée à la mi-juillet 2026 par une unité de recherche spécialisée, examine le potentiel de huit États africains dans ce secteur d’avenir. La liste comprend l’Afrique du Sud, la Mauritanie, le Kenya, l’Angola, la Namibie, la Tunisie, le Maroc et l’Algérie. Selon ces estimations, le Maroc occupe la première place avec un coût démarrant à 3,2 dollars le kilogramme.
L’Algérie se hisse à la deuxième position de ce classement continental. Le rapport souligne que 80 % de ses possibilités de production se situent sous la barre des 4,5 dollars par kilogramme. Une performance qui confirme les ambitions énergétiques affichées par Alger ces dernières années.
Un potentiel africain colossal pour l’hydrogène vert
Le continent dispose de ressources solaires et éoliennes dont la capacité technique dépasse 1000 térawatts. Ce volume permettrait, en théorie, de générer plus de 45 milliards de tonnes d’hydrogène vert chaque année. Un gisement énergétique encore largement inexploité à l’échelle mondiale.
Environ 60 % de ces capacités se concentrent dans des pays déjà engagés dans la filière, à travers des politiques publiques ou des projets concrets. L’Algérie, à elle seule, représente 14 % des capacités régionales en énergies renouvelables. Cette part illustre le rôle central que le pays entend jouer dans la transition énergétique du Maghreb.
Les facteurs qui déterminent le coût de production
Le rapport de l’AIE identifie le coût du capital, mesuré par le WACC, comme le principal levier influençant le prix de l’hydrogène vert en Afrique. Ce critère pèse davantage que les dépenses d’investissement ou le taux d’utilisation des installations. Il conditionne ainsi la rentabilité de chaque projet.
Les écarts entre régions restent considérables. Le WACC atteint 2,3 % en Allemagne et 3,6 % en Chine, contre près de 16 % en Tunisie et au Ghana. En Namibie, au Maroc et en Afrique du Sud, ce taux oscille entre 6,6 % et 8,3 %, révélant des conditions de financement plus favorables.
Une répartition inégale des ressources naturelles
Les meilleurs gisements solaires se trouvent au sud du continent, en Namibie et en Afrique du Sud, ainsi qu’au nord, en Algérie, en Égypte et en Libye. Les zones les plus venteuses se situent dans le Sahara et la Corne de l’Afrique. Cette diversité offre un socle solide à la production de carburant bas carbone.
L’Afrique du Sud détient par ailleurs 89 % des réserves mondiales de métaux du groupe du platine. Ces ressources pourraient alimenter la fabrication d’électrolyseurs à membrane échangeuse de protons, composants essentiels de la filière.
Une production actuelle encore modeste
Malgré ce potentiel, la fabrication d’hydrogène à faibles émissions demeure limitée en Afrique. Les chiffres de l’AIE pour 2025 font état d’un volume annuel de seulement 6000 tonnes. Trois pays concentrent aujourd’hui cette activité : l’Afrique du Sud, l’Égypte et la Namibie.
Le rapport précise que l’essentiel de cette production provient de l’électrolyse, correspondant donc bien à de l’hydrogène vert. L’écart entre les capacités théoriques et la réalité industrielle reste néanmoins considérable à l’échelle du continent.
Les niveaux de coûts varient sensiblement d’un pays à l’autre. Le Kenya, déjà engagé dans des projets, affiche un prix de départ de 4,2 dollars le kilogramme. La Mauritanie démarre à 5,1 dollars, tandis que l’Angola et la Namibie atteignent 6,5 dollars. La Tunisie se situe légèrement au-dessus de ces seuils.
Quelles perspectives pour les coûts d’ici 2030
Le rapport anticipe une hausse des coûts au Maroc et au Kenya. Ceux-ci pourraient grimper de 40 à 70 % dès que 20 % des capacités disponibles seront exploitées. Ce renchérissement s’explique par l’éloignement progressif des infrastructures existantes.
Réseaux d’eau, raccordements électriques et installations portuaires conditionnent en effet la viabilité économique des sites. Les projets développés dans des zones reculées supposent des dépenses additionnelles pour acheminer l’électricité et l’eau nécessaires à la production.
Ces futurs sites risquent en outre d’entrer en concurrence avec d’autres usages des terres. L’agriculture, l’industrie et l’urbanisation revendiquent elles aussi ces espaces. Un arbitrage qui pèsera sur les stratégies des États africains dans les prochaines années.
Le positionnement de l’Algérie parmi les producteurs les plus compétitifs conforte son ambition de devenir un fournisseur majeur d’hydrogène vert. Son potentiel solaire, ses vastes superficies exploitables et ses infrastructures énergétiques constituent des atouts recherchés par l’Europe. La concrétisation de ce potentiel dépendra toutefois des investissements mobilisés et de la maîtrise des coûts d’infrastructure.