La question des visas France pour Algériens revient au premier plan du débat politique français. L’ambassadeur de France à Alger, Stéphane Romatet, a évoqué un retour au niveau de délivrance observé avant la crise diplomatique. Ses propos ont aussitôt suscité une vive réaction de la droite et de l’extrême droite françaises.
Un objectif de retour aux 250 000 visas France pour Algériens par an
Le diplomate français a récemment expliqué que Paris ambitionnait de retrouver progressivement le rythme d’attribution des visas antérieur aux tensions bilatérales. Selon lui, ce volume s’établissait auparavant autour de 250 000 titres délivrés chaque année aux ressortissants algériens.
« Avant la crise, nous délivrions à peu près 250 000 visas par an. Ce chiffre a chuté, et notre objectif est de faire en sorte qu’il puisse redémarrer à la hausse et revenir probablement au niveau qui était celui antérieur à la crise », a-t-il déclaré.
Pour l’ambassadeur, cette démarche vise avant tout à protéger les liens humains entre les deux rives de la Méditerranée. L’idée est d’éviter que les étudiants, les familles, les chefs d’entreprise ou les voyageurs ne pâtissent directement des différends diplomatiques.
Bardella, Ciotti et Retailleau dénoncent un revirement politique
Ces annonces ont provoqué une véritable levée de boucliers dans les rangs de la droite et de l’extrême droite. Plusieurs responsables y voient un fléchissement de la position française face à Alger, jugé injustifié au regard des tensions persistantes.
Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, a fustigé sur le réseau social X une « capitulation du macronisme face au régime algérien ». Il estime que ce changement de cap intervient alors que les différends entre les deux capitales demeurent entiers.
Son allié Éric Ciotti, à la tête de l’Union des droites pour la République, a employé des mots encore plus durs. Il a dénoncé « une capitulation, une humiliation et une trahison » de la part de l’exécutif français.
De son côté, Bruno Retailleau, président des Républicains et ancien ministre de l’Intérieur, a regretté « les renoncements du président de la République devant le régime algérien ». Selon lui, la diplomatie française se retrouverait contrainte de « courber la tête ».
Dans une interview à une télévision algérienne, l’ambassadeur de France en Algérie annonce que notre pays souhaite délivrer 250 000 visas par an aux ressortissants algériens, malgré les provocations et la détention d’un journaliste français.
Nous refusons catégoriquement cette… https://t.co/LT5HoFqab7
— Jordan Bardella (@J_Bardella) July 17, 2026
Les visas au cœur des relations entre Paris et Alger
Le dossier des visas s’est imposé comme l’un des points les plus sensibles des relations franco-algériennes. Il cristallise les tensions depuis la crise diplomatique amorcée durant l’été 2024, marquée par un tournant majeur.
À cette période, Paris avait affiché son soutien au plan d’autonomie proposé par le Maroc pour le Sahara occidental. Cette prise de position avait profondément déplu à Alger, entraînant une dégradation rapide du climat entre les deux États.
Une succession de dossiers sensibles
Les frictions se sont ensuite amplifiées avec plusieurs affaires très médiatisées. Le cas de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal a nourri les crispations, suivi de celui d’un agent consulaire algérien poursuivi en France.
Ces épisodes ont débouché sur des mesures de rétorsion réciproques. Une douzaine de diplomates ont été expulsés de part et d’autre, et l’ambassadeur français avait été rappelé pour consultations.
Vers une relance prudente du dialogue franco-algérien
Le retour de Stéphane Romatet à Alger, début mai 2026, traduit une volonté d’apaisement partagée. Ce geste symbolique ouvre la voie à une reprise progressive des échanges entre les deux capitales.
Pour autant, aucune décision officielle n’a encore été formalisée quant à une hausse immédiate du nombre de visas délivrés. L’objectif évoqué par l’ambassadeur reste, à ce stade, une orientation et non un engagement acté.
Une éventuelle augmentation faciliterait grandement les démarches des Algériens désireux de rejoindre la France. Étudiants, familles, professionnels et touristes seraient les premiers bénéficiaires de cet assouplissement.
La question des visas continue néanmoins d’alimenter les crispations dans le paysage politique français. À l’approche d’échéances électorales importantes, ce sujet devrait rester au centre des débats entre l’exécutif et ses opposants.
