L’allocation touristique en Algérie connaît un tournant majeur : un an après la mise en place de l’enveloppe de 750 € destinée aux voyageurs algériens, les pouvoirs publics ont choisi de renforcer les critères d’accès. Cette décision vise à mettre fin aux détournements alimentés par le marché parallèle des devises. Officiellement pensée pour endiguer la fraude, la réforme devrait toutefois peser sur les principales destinations prisées des touristes algériens.
Allocation touristique : la Tunisie et la Turquie en première ligne
La Banque d’Algérie a fixé de nouvelles conditions pour prétendre à l’allocation touristique. Les candidats doivent désormais accomplir seuls les formalités, sans recourir à une agence de voyages. Cette autonomie impose de nouvelles contraintes administratives non négligeables.
Depuis le 19 juillet, le montant est crédité sur une carte bancaire internationale, elle-même rattachée à un compte en devises que le demandeur doit ouvrir auprès de son établissement bancaire. Une procédure qui engendre des frais supplémentaires pour les voyageurs.
D’autres justificatifs sont exigés pour valider la demande. Il faut présenter le passeport original, détenir un compte bancaire dans la banque où le dossier est déposé, régler l’équivalent en dinars par un moyen de paiement bancaire et fournir un document attestant de ses revenus.
Un montant inchangé mais un accès plus strict
La somme allouée, elle, reste identique. Les autorités maintiennent « 750 € par adulte âgé de 19 ans et plus, et 300 € pour les enfants de 12 à moins de 19 ans, dans la limite de deux enfants par famille, pour un séjour d’au moins 7 jours ».
Ces exigences renforcées devraient surtout affecter les voyages vers les deux pays les plus fréquentés par les touristes algériens. La Tunisie et la Turquie comptent en effet parmi les destinations où cette enveloppe a été la plus mobilisée au cours des derniers mois.
Le durcissement de l’allocation touristique face aux détournements
Pour les séjours en Europe, la donne est différente. Les obstacles liés à l’obtention d’un visa et le coût nettement plus élevé des voyages réduisent naturellement le recours à cette aide de 750 €. Ces destinations restent donc moins concernées par les nouvelles règles.
Côté algérien, ce tour de vis répond aux nombreux abus relevés par les autorités. Certains bénéficiaires obtenaient les 750 € au taux de change officiel, puis revendaient ces devises sur le marché noir, où l’euro se négocie à un cours bien supérieur.
Grâce à cette manœuvre, ils réalisaient des gains sans réellement effectuer de séjour touristique. L’allocation servait alors de simple levier spéculatif plutôt que d’aide au voyage.
La Tunisie, plaque tournante des détournements
La Tunisie se trouve aujourd’hui au cœur de cette problématique. Le pays constituait l’un des principaux itinéraires empruntés pour contourner l’usage prévu de l’allocation touristique et alimenter le circuit parallèle.
Concrètement, certains voyageurs traversaient la frontière munis des devises acquises au taux officiel. Ils les cédaient ensuite ou les écoulaient sur le marché informel, dégageant une marge substantielle au passage.
Une allocation touristique désormais mieux encadrée
Les mesures adoptées par les autorités algériennes ne suppriment pas le dispositif de l’allocation touristique. Le principe demeure intact et les voyageurs continuent d’en bénéficier selon les mêmes montants qu’auparavant.
En revanche, l’objectif affiché est clair : encadrer davantage l’utilisation de cette enveloppe. L’idée est de garantir que les fonds servent véritablement à financer des séjours à l’étranger, et non à nourrir la spéculation sur les devises.
En resserrant les conditions d’accès à l’allocation touristique, l’Algérie cherche à assainir un système fragilisé par les abus. Si la Tunisie et la Turquie figurent parmi les destinations les plus touchées, ces mesures pourraient à terme redéfinir les habitudes de voyage des Algériens et rétablir la vocation initiale de ce dispositif.
