La rentrée universitaire 2026 s’annonce particulièrement compliquée pour les étudiants étrangers en France. Entre la réduction des exonérations de frais d’inscription et le durcissement de l’accès aux aides au logement, des milliers de jeunes venus notamment du Maghreb et d’Afrique subsaharienne redoutent de ne plus pouvoir financer leur cursus.
Un décret vient limiter la capacité des universités à dispenser les étudiants non européens des droits d’inscription différenciés, mis en place en 2019. Dès la rentrée 2026, les établissements ne pourront accorder cette exonération qu’à 30 % de ces étudiants. Ce seuil sera ensuite abaissé à 25 %, puis à 20 % les années suivantes.
Concrètement, un étudiant extracommunautaire non exonéré devra régler environ 2 900 euros par an en licence et près de 4 000 euros en master. Ces montants tranchent radicalement avec les quelques centaines d’euros demandées aux étudiants français et européens.
Franck, étudiant togolais installé à Lille, espère intégrer une formation en ingénierie pédagogique en septembre 2026. Admis, il attend son attestation pour déposer sa demande d’exonération. « Je suis un peu inquiet. Sans exonération, je ne sais pas comment je pourrai m’inscrire », confie-t-il. Il redoute qu’une facture de 4 000 euros ne le pousse à abandonner ses études.
Un accès aux APL nettement plus restreint pour les étudiants étrangers
Depuis le 1er juillet 2026, les conditions d’obtention des aides personnalisées au logement ont profondément changé pour les étudiants extracommunautaires. Seuls ceux qui détiennent un visa long séjour ou un titre de séjour « poursuite d’études » peuvent désormais y prétendre, à condition de percevoir une bourse sur critères sociaux.
Certaines catégories restent toutefois éligibles sous conditions : les étudiants salariés, les apprentis, ceux en contrat de professionnalisation, ainsi que les réfugiés et les apatrides. Pour tous les autres, la porte se referme brutalement.
Manon Moret, secrétaire générale de l’UNEF, dénonce une mesure sévère : « Les APL faisaient partie des rares aides sociales accessibles à ces étudiants. Les supprimer, c’est un coup de massue. » Franck craint de perdre ses 30 euros d’APL mensuels, soit 300 euros par an.
Richemond, étudiant ivoirien à l’université de Valenciennes, touche 90 euros d’APL pour un loyer de 280 euros. « Ça reste gérable pour moi, mais beaucoup d’étudiants que je reçois dans l’association paient 450 euros de loyer avec un simple job étudiant. Si on leur retire encore une aide, il ne leur reste plus rien à la fin du mois », alerte-t-il.
Travailler plus ou s’endetter : le dilemme des étudiants extracommunautaires
Âgé de 23 ans et inscrit en économie, Richemond avait choisi la France pour la simplicité des démarches et l’absence de barrière linguistique. Dans son pays, la majorité des étudiants bénéficiaient habituellement d’une exonération. Chacune de ses trois années de licence lui a pourtant coûté environ 2 800 euros.
« Je ne m’y attendais pas. Régler une telle somme est impossible pour une famille moyenne en Côte d’Ivoire », déplore-t-il, avouant qu’il serait resté chez lui s’il avait connu ces conditions. Pour tenir, il a enchaîné 35 heures de travail hebdomadaire durant tout un semestre.
« C’est presque intenable. On est forcé de laisser certaines matières de côté et de se rattraper une fois les frais réglés », raconte-t-il. Son passage en master pourrait grimper à près de 4 000 euros. Pour y parvenir, il envisage de travailler davantage, de contracter un prêt étudiant ou de solliciter sa famille.
Membre de l’association Entraide Étudiant Étranger, il s’inquiète pour les autres : « Beaucoup de jeunes vont renoncer à leur projet d’études. » Un constat qui résonne avec la situation de nombreux étudiants maghrébins, algériens, marocains et tunisiens, souvent confrontés aux mêmes contraintes financières.
Quand la dette s’accumule faute d’exonération
Hamidi, inscrit dans une faculté du Nord, a vu sa demande d’exonération rejetée à la rentrée 2025. Ses revenus dépassaient d’à peine 200 euros le plafond fixé, poussant son université à estimer qu’il pouvait assumer ses 4 000 euros de frais annuels.
« Je n’en ai pas les moyens. Même avec toute la volonté du monde, je n’ai pas la capacité financière », témoigne-t-il. Malgré un paiement échelonné, il lui reste 1 300 euros à verser à l’université. Il doit désormais arbitrer entre régler ses études ou son loyer, qu’il n’a plus payé depuis deux mois, accumulant 1 200 euros de dette supplémentaire.
Une réforme source de confusion pour les étudiants venus de l’étranger
Au-delà de la pression financière, les étudiants décrivent un climat d’incertitude généralisée. « On m’a dit que ceux qui travaillent conserveraient les APL, mais je ne comprends pas vraiment comment cela va fonctionner », explique Franck. Les critères d’exonération varient fortement d’un établissement à l’autre.
Certaines universités maintiennent les dispenses, d’autres les suppriment, et les modalités évoluent constamment. « On est face à un flou total : même les universités ignorent comment cette rentrée va se dérouler », insiste Manon Moret. Chaque jour, l’UNEF reçoit des appels d’étudiants incapables de savoir s’ils pourront continuer.
« Ça devient presque invivable. Sans le soutien de la famille, je ne vois pas comment survivre », souffle Richemond. Il évoque un profond mal-être, mêlant sentiment d’exclusion, lourdeur des renouvellements de titres de séjour et charge mentale de l’éloignement familial.
Ces réformes bouleversent l’équilibre déjà fragile de nombreux jeunes venus poursuivre leurs études en France, en particulier ceux issus du Maghreb et d’Afrique du Nord. À l’approche de la rentrée, la question demeure : combien renonceront finalement à leur projet universitaire faute de moyens ?
