Une affaire de blanchiment d’argent secoue la capitale française après l’incarcération de deux ressortissants algériens à Paris. Les deux hommes sont soupçonnés d’avoir participé à un vaste réseau ayant écoulé près de 34 millions d’euros en quatre ans. L’un d’eux se trouvait en situation irrégulière sur le territoire français.
Blanchiment d’argent à Paris : deux Algériens placés en détention
Âgés respectivement de 32 et 35 ans, les deux suspects, identifiés sous les prénoms d’Ammar et d’Abdelaziz, ont été mis en examen le jeudi 18 juin dans la capitale française. Les chefs retenus contre eux sont lourds : « blanchiment en bande organisée » et « association de malfaiteurs ».
Les enquêteurs décrivent un mécanisme bien rodé, destiné à dissimuler des sommes considérables. Le principe reposait sur la collecte d’argent liquide ensuite remis à des chefs d’entreprise souhaitant masquer une partie de leur activité au fisc.
Le mécanisme de la « décaisse » expliqué
D’après un spécialiste de ce type de fraude financière, cette méthode vise à approvisionner en espèces des « patrons voyous » ou des fraudeurs fiscaux. Ces fonds permettent ensuite de « payer au noir des salariés », de rémunérer des intermédiaires ou encore de verser des pots-de-vin pour décrocher certains marchés.
Dans le jargon des enquêteurs spécialisés, cette pratique porte un nom : la « décaisse ». Elle consiste à transformer des flux financiers opaques en argent liquide directement utilisable par les bénéficiaires.
Un réseau de blanchiment actif depuis 2022
Selon les investigations, le dispositif aurait été monté dès l’année 2022. En l’espace de quatre années, il aurait permis de blanchir jusqu’à 34 millions d’euros par ce procédé, d’après les estimations des enquêteurs.
L’alerte est venue de Tracfin, l’organisme français chargé de surveiller les mouvements financiers suspects. En décembre 2025, cette cellule a transmis un signalement détaillé au parquet de Paris, déclenchant ainsi l’ouverture de l’enquête.
Le donneur d’ordre présumé localisé en Algérie
Au fil de leurs recherches, les enquêteurs ont identifié le cerveau supposé de l’organisation. Celui-ci se trouverait en Algérie et s’appuierait sur les deux hommes interpellés en France pour faire fonctionner le réseau sur le territoire européen.
Le premier suspect, Ammar, dirige un centre de formation. Il dispose également d’un important patrimoine immobilier, qui aurait servi de support aux différentes transactions financières du groupe.
Un complice surnommé le « livreur du blanchiment »
Le second mis en cause, Abdelaziz, présente un profil bien différent. Décrit comme chômeur et dépourvu de titre de séjour, il a été qualifié de « livreur Uber du blanchiment » par les enquêteurs. Il logeait dans l’un des appartements appartenant à son complice.
Son rôle consistait à sillonner plusieurs départements de la région parisienne pour récupérer et acheminer les liasses d’espèces. Lors de son audition, ce ressortissant en situation irrégulière est passé aux aveux face aux enquêteurs.
Fausses factures et sociétés écrans en Europe de l’Est
Le fonctionnement financier du réseau reposait sur des montages complexes. Les enquêteurs ont relevé des virements adossés à de fausses factures, dirigés vers de nombreuses sociétés fictives basées en Pologne et dans d’autres pays d’Europe de l’Est.
Ces « coquilles vides » servaient à faire transiter les fonds d’un pays à l’autre. Le procédé permettait notamment de récupérer indûment la TVA, alimentant ainsi la trésorerie du dispositif criminel.
Une fois en possession de larges quantités d’argent liquide, le blanchisseur livrait ces sommes à ses clients moyennant une commission fixée à 10 %. Au total, seize entreprises suspectes ont été repérées, parmi lesquelles des sociétés de nettoyage, de sécurité et de bâtiment.
Cette affaire de blanchiment d’argent illustre la sophistication croissante des circuits financiers clandestins reliant la France à plusieurs pays. L’enquête se poursuit afin de remonter l’ensemble de la chaîne et de confirmer le rôle du donneur d’ordre présumé installé en Algérie.

