Une vaste affaire de blanchiment d’argent secoue actuellement la région parisienne, avec deux ressortissants algériens placés en détention provisoire. Selon les éléments de l’enquête, ce réseau aurait recyclé jusqu’à 34 millions d’euros via un montage complexe de sociétés écrans. Les faits remonteraient à l’année 2022 et impliquent plusieurs structures réparties à travers l’Europe.
Une enquête déclenchée par une alerte de Tracfin
Les investigations ont démarré en décembre 2025 après un signalement émis par Tracfin, l’organisme français de renseignement financier. Cette alerte a conduit à la saisine de la Brigade de recherche et d’investigation financière (Brif), chargée de démêler les circuits monétaires suspects.
En suivant la trace de ces flux d’argent, les enquêteurs ont mis au jour une organisation criminelle bien structurée. Celle-ci réunissait un homme résidant en Algérie ainsi que deux relais installés dans la banlieue de Paris.
Les deux complices présents sur le sol français ont été interpellés le 16 juin 2026, l’un à Argenteuil et l’autre à Bagnolet. Tous deux ont été mis en examen pour blanchiment en bande organisée et association de malfaiteurs. L’instruction en cours devra clarifier le rôle exact joué par chacun des protagonistes.
Un montage de blanchiment articulé autour de sociétés écrans
D’après les éléments réunis, le réseau proposait ses prestations à des dirigeants d’entreprises, en particulier dans les secteurs du nettoyage, de la sécurité et du bâtiment. Ces clients recherchaient des liquidités impossibles à tracer pour différents usages illicites.
Ces fonds dissimulés servaient notamment à payer des travailleurs non déclarés, à régler des commissions occultes ou encore à graisser la patte de tiers afin de décrocher certains marchés. Le système répondait ainsi à une demande bien réelle dans l’économie souterraine.
La Pologne au cœur du dispositif frauduleux
Le mécanisme de recyclage reposait sur une succession de sociétés-écrans implantées en majorité en Pologne, mais aussi dans d’autres États européens. Des virements et des factures fictives étaient dirigés vers ces entités pour récupérer indûment la TVA.
Une fois blanchie, la somme circulait entre plusieurs comptes avant d’être remise en liquide aux commanditaires. Ces derniers reversaient une commission équivalente à 10 % du montant traité. Au total, seize entreprises douteuses ont été repérées par les enquêteurs.
Des perquisitions et des saisies de biens de luxe
Le suspect présenté comme la tête du réseau, Ammar, 35 ans, dirige un centre de formation et détient un vaste portefeuille immobilier. Son entreprise est soupçonnée d’avoir multiplié les virements vers des sociétés tierces, facilitant le transfert de capitaux à l’étranger.
Lors de la perquisition menée à son domicile, les agents ont saisi plusieurs objets de luxe, dont des montres Rolex. Marié, père de famille et dépourvu de casier judiciaire, Ammar nie pourtant toute implication dans les faits reprochés.
Ses avocates, Lydia Boudriche et Léa Mouih, ont contesté la décision de placement en détention provisoire. Selon elles, les mouvements financiers incriminés correspondaient au paiement de prestataires informatiques en Algérie chargés de concevoir un logiciel.
Le profil du « livreur » du réseau
Le deuxième mis en examen, Abdelaziz, âgé de 32 ans, se trouve sans emploi et en situation irrégulière sur le territoire. Il occupait l’un des logements appartenant à Ammar, ce qui souligne la proximité entre les deux hommes.
Une source proche du dossier l’a surnommé le « livreur Uber du blanchiment ». Les enquêteurs de la Brif l’ont en effet suivi tandis qu’il récupérait et distribuait méthodiquement des espèces dans diverses communes d’Île-de-France.
Arrêté à son domicile de Bagnolet le 16 juin, Abdelaziz a admis les faits durant sa garde à vue. Sa coopération pourrait apporter un éclairage déterminant sur le fonctionnement interne de cette organisation.
Une affaire révélatrice des circuits financiers transfrontaliers
Ce dossier illustre la complexité croissante des montages destinés à dissimuler l’origine de fonds illicites. En mobilisant des sociétés-écrans réparties dans plusieurs pays européens, ce type de réseau exploite les failles des dispositifs de contrôle fiscal et bancaire.
Les affaires de blanchiment impliquant des ressortissants nord-africains font régulièrement l’objet d’enquêtes des deux côtés de la Méditerranée. Les autorités algériennes ont d’ailleurs récemment intensifié leur lutte contre ces pratiques sur leur propre sol.
L’information judiciaire ouverte à Paris devra désormais établir l’ampleur réelle du préjudice et identifier l’ensemble des bénéficiaires. Les suites de cette procédure pourraient révéler d’autres ramifications de ce vaste système de recyclage d’argent.
