Le gaz algérien continue de gagner du terrain sur le marché européen. Au cours des cinq premiers mois de 2026, l’Algérie a affirmé son statut de premier fournisseur africain de gaz naturel à destination de l’Union européenne. Selon un rapport du Forum des pays exportateurs de gaz, les livraisons par gazoduc ont progressé vers l’Espagne comme vers l’Italie.
Les importations européennes de gaz acheminé par canalisation depuis l’Algérie ont connu une hausse pour le cinquième mois d’affilée en mai 2026. Les chiffres communiqués le vendredi 19 juin font état d’une augmentation de 2 % par rapport à mai 2025. Le volume transporté a ainsi atteint 12,4 milliards de mètres cubes.
Sur l’ensemble de la période de janvier à mai, les achats totaux de gaz par pipeline de l’UE se sont élevés à 61,4 milliards de mètres cubes. Cela représente une croissance de 2,5 % comparée à l’année précédente. En mai 2026, la moyenne journalière atteignait 400 millions de mètres cubes, soit un recul de 2 % par rapport à avril.
L’Algérie, leader africain du gaz naturel vers l’Europe
Le pays figure en tête des fournisseurs africains de gaz naturel approvisionnant l’Union européenne. À lui seul, il couvre 17,4 % du gaz acheminé par gazoduc vers le continent. Cette performance repose sur deux artères stratégiques : le Medgaz, qui relie le territoire algérien à l’Espagne, et le Transmed, dont les flux alimentent l’Italie.
Les volumes exportés vers l’Espagne ont bondi de 11 % entre janvier et mai 2026, en regard de la même période un an plus tôt. Les expéditions à destination de l’Italie ont, quant à elles, gagné 5 %. Cette dynamique s’observe dans un climat tendu, marqué par la fermeture du détroit d’Ormuz, qui a bouleversé l’équilibre des marchés énergétiques mondiaux.
Une position renforcée dans un contexte géopolitique instable
Pour Alger, ces résultats confirment la solidité de ses partenariats énergétiques noués avec le sud de l’Europe. La proximité géographique du Maghreb et la fiabilité des infrastructures existantes constituent des atouts majeurs. Dans un marché secoué par les incertitudes, l’Algérie s’impose comme une source d’approvisionnement stable et de premier plan.
Les autres fournisseurs de gaz par gazoduc
La Russie a, elle aussi, vu ses livraisons vers l’UE augmenter. Le gaz russe transitant par le Turk Stream a progressé de 6 % sur les cinq premiers mois de 2026, en comparaison de l’an passé. De son côté, l’Azerbaïdjan a enregistré une hausse de 3 % de ses volumes.
La Norvège conserve son rang de premier fournisseur de gaz de l’Union européenne. Le pays nordique pèse pour 29 % des importations totales et 52 % des flux acheminés par canalisation. Ses exportations sont passées de 79,5 milliards de mètres cubes en 2021 à 89,3 milliards en 2025.
Les achats de gaz norvégien ont grimpé de 22 % vers la Pologne et de 13 % vers la France. Vers l’Allemagne et la Belgique, les progressions sont restées limitées, à respectivement 0,4 % et 0,2 %. À l’inverse, les Pays-Bas ont réduit leurs importations en provenance de Norvège de 36 %.
Des trajectoires contrastées chez les importateurs européens
Les États membres affichent des évolutions divergentes dans leur recours au gaz par pipeline. L’Italie a accru ses importations de 2 %, captant 15 % des flux totaux transportés par canalisation vers l’UE. La Pologne et la France ont renforcé leurs approvisionnements norvégiens, à hauteur de 22 % et 13 % respectivement.
La Libye a, pour sa part, subi un effondrement de 65 % de ses expéditions de gaz par gazoduc vers l’Europe. Ce repli tranche nettement avec la progression observée chez les autres fournisseurs. Dans le même temps, les importations issues du Royaume-Uni via les interconnexions ont grimpé de 43 % sur un an, pour s’établir à 1,9 milliard de mètres cubes nets.
L’Europe poursuit son désengagement du gaz russe
Depuis 2022, l’Union européenne a fortement diminué sa dépendance vis-à-vis de Moscou. La Russie assurait plus de 40 % du gaz importé par canalisation en 2021. En 2025, cette proportion s’est effondrée à près de 6 % pour les flux par gazoduc et 12 % pour l’ensemble des importations, gaz naturel liquéfié compris.
Au premier trimestre 2026, la Russie occupait néanmoins le deuxième rang des exportateurs de GNL vers l’UE, avec une progression de 12 % sur un an. Cette diversification accélérée des sources d’approvisionnement profite directement aux fournisseurs alternatifs comme l’Algérie.
La montée en puissance du gaz algérien sur le marché européen illustre la recomposition profonde des équilibres énergétiques du continent. Porté par ses infrastructures et sa proximité avec le Maghreb, le pays consolide un rôle stratégique qui pourrait encore s’amplifier au fil des prochains mois.
