Le marché du pétrole connaît une nette détente, conséquence directe du protocole d’accord conclu entre les États-Unis et l’Iran. Avec la réouverture annoncée du détroit d’Ormuz et le retour probable du brut iranien, les cours sont tirés vers le bas. Une évolution scrutée de près par l’Algérie, dont les recettes en devises reposent largement sur les hydrocarbures.
Signé mercredi soir entre les émissaires de Washington et de Téhéran, cet accord met fin à la guerre déclenchée le 28 février dernier. Pour l’économie algérienne, les répercussions immédiates et à moyen terme devraient toutefois rester contenues.
Le baril de Brent repasse sous la barre des 80 dollars
Jeudi matin, vers 09h30, le Brent cédait 2,06 % pour s’établir à 77,91 dollars, avant de remonter à 78,72 dollars en clôture. La veille, mercredi, le baril évoluait encore tout près des 80 dollars, à 79,55 dollars précisément. Vendredi matin, la référence européenne a brièvement franchi de nouveau ce seuil symbolique avant de reculer.
Parmi les nombreuses dispositions de l’accord, une clause a immédiatement influencé le marché. Téhéran s’est engagé à garantir la sécurité du passage des navires commerciaux, sans frais durant 60 jours seulement, entre le golfe Persique et la mer d’Oman, dans les deux sens.
Le déminage complet du détroit devrait permettre, dans une trentaine de jours, une reprise totale du trafic maritime. Pour Arne Lohmann Rasmussen, analyste chez Global Risk Management, une pression baissière plus forte pourrait s’installer à mesure que les pétroliers franchiront à nouveau le détroit d’Ormuz.
Deux facteurs qui limitent la chute des cours
Plusieurs éléments laissent néanmoins penser que les prix résisteront au-delà d’un certain plancher. Selon les analystes du cabinet ING, des défis logistiques persistent et entretiennent l’incertitude sur la vitesse de normalisation des flux à travers le détroit d’Ormuz.
Par ailleurs, après plusieurs semaines de perturbations et de cours élevés, les pays importateurs voudront reconstituer leurs réserves. Pour Arne Lohmann Rasmussen, cette demande devrait empêcher un effondrement brutal des prix, qui ne descendraient pas immédiatement sous 60, voire 70 dollars. L’expert table sur un baril stabilisé autour de 75 dollars, un niveau déjà supérieur à celui d’avant la guerre.
Pétrole : des gains et des pertes en trois mois
L’Agence internationale de l’énergie (AIE) anticipe pour sa part un recul de la demande mondiale de 1,1 million de barils par jour en 2026. Pour 2027, elle prévoit une hausse « modeste » de 2 mb/j, mais aussi une progression bien plus marquée de l’offre, dépassant les 8 mb/j.
Un autre levier reste déterminant : la politique de production de l’OPEP+. Le cartel peut à tout moment ajuster ses volumes pour réguler les cours face à de fortes fluctuations.
La baisse observée depuis la signature de l’accord américano-iranien s’inscrit dans une série de mouvements brutaux enregistrés ces derniers mois sur le marché de l’or noir.
Le brut avait débuté l’année au-dessus de 60 dollars, puis grimpé à 65 dollars en février. Le déclenchement du conflit au Moyen-Orient, fin février, l’a propulsé jusqu’à un pic de 120 dollars en mars, soit le double du prix initial. En avril, les cours évoluaient en moyenne autour de 102 dollars, avant de redescendre vers 95-100 dollars en mai.
Quel impact réel sur l’économie algérienne ?
Après des gains substantiels au premier trimestre, le brut enchaîne désormais les pertes. En un mois, il a abandonné 28 % de sa valeur, passant de 109 dollars le 18 mai à 78 dollars le jeudi 18 juin. Depuis le 1er juin, où il cotait encore 95 dollars, la chute atteint 16 %. Sur la seule semaine, depuis lundi (83,38 dollars), le recul s’élève à 4,75 %.
Cette volatilité renforce la pertinence des efforts engagés par l’Algérie pour diversifier son tissu économique et réduire sa dépendance aux exportations d’hydrocarbures. À court terme, les équilibres budgétaires devraient néanmoins être préservés.
La loi de finances 2026, actuellement en vigueur, a été bâtie sur un prix de référence fiscal de 60 dollars le baril, avec un prix estimatif de marché identique. Le pays a en outre profité de la flambée des trois derniers mois, susceptible de tirer vers le haut la moyenne annuelle des cours.
La baisse du Brent sous les 80 dollars confirme la fragilité des recettes pétrolières face aux soubresauts géopolitiques. Pour l’Algérie, l’enjeu reste de transformer ces périodes de prix élevés en levier durable de diversification économique.
