Les praticiens diplômés hors Union européenne jouent un rôle crucial dans le système hospitalier français, particulièrement dans les spécialités en déficit de personnel. Pourtant, malgré leur engagement essentiel au bon fonctionnement des établissements de santé, ces professionnels font face à une précarité économique et administrative alarmante. Leur parcours illustre les paradoxes d’un système sanitaire confronté à une grave pénurie de personnel médical.
L’apport indispensable des médecins étrangers dans les hôpitaux français
Les professionnels de santé formés à l’étranger, connus sous l’appellation PADHUE (Praticiens à diplôme hors Union européenne), constituent un pilier méconnu du système hospitalier hexagonal. La crise sanitaire du Covid-19 a mis en lumière leur contribution massive dans les services d’urgence et de réanimation français.
Le parcours de Hadjira, pharmacienne hospitalière exerçant en Seine-Saint-Denis, illustre cette réalité. Diplômée après cinq années d’études en Algérie, elle a rejoint l’Hexagone pour retrouver sa famille. Bien que naturalisée française et mariée, son statut professionnel demeure celui d’une praticienne à diplôme étranger.
Durant la pandémie, l’appel aux soignants internationaux s’est intensifié pour compenser les besoins croissants des hôpitaux publics. De nombreux médecins, pharmaciens et spécialistes ont répondu présent pour renforcer les équipes françaises dans un contexte de tension extrême.
Une précarité salariale qui persiste malgré les qualifications
La reconnaissance professionnelle de ces praticiens ne correspond pas à leur niveau de compétences. Beaucoup travaillent sous des autorisations temporaires qui les maintiennent dans une situation instable pendant des années.
Hadjira témoigne d’une précarité administrative de plus de quatre années. Pour tenter d’améliorer sa situation, elle a accumulé quatre diplômes universitaires complémentaires dans son domaine d’expertise, sans résultat probant.
Le Dr Mehdi Smati, réanimateur ayant suivi douze années de formation en Algérie, dévoile une réalité encore plus préoccupante. Malgré une charge de travail identique à ses homologues français, sa rémunération mensuelle oscille entre 1 400 et 1 800 euros.
Ce blocage administratif empêche toute progression de carrière normale. Les professionnels concernés se voient refuser l’accès à certaines responsabilités et postes, créant une situation professionnelle figée et frustrante.
Les épreuves de vérification des connaissances : un filtre controversé
L’accès à un exercice pérenne de la médecine en France passe obligatoirement par les épreuves de vérification des connaissances (EVC). Ce dispositif concerne tous les diplômés formés en dehors de l’espace européen souhaitant exercer durablement sur le territoire.
Ce système fait l’objet de vives contestations de la part d’acteurs politiques et hospitaliers. Philippe Juvin, député Les Républicains et chef des urgences à l’Hôpital Georges-Pompidou de Paris, a questionné la ministre Catherine Vautrin à ce sujet en janvier 2024.
Le parlementaire a notamment dénoncé la sélection de seulement 2 700 candidats sur 20 000 postulants. Face aux besoins criants du secteur, il plaide pour un système d’examen plutôt qu’un concours à numerus clausus.
Les statistiques de régularisation révèlent la complexité du parcours administratif. En avril 2023, parmi 3 363 dossiers traités dans le cadre de la législation du 24 juillet 2019, seulement 38 % ont débouché sur une autorisation immédiate. La moitié des candidats ont dû effectuer des stages supplémentaires, tandis que 12 % ont essuyé un refus.
La menace d’expulsion plane sur des soignants indispensables
Au-delà de la précarité économique, certains praticiens étrangers craignent une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Cette perspective absurde survient alors même que le pays manque cruellement de personnel médical.
Selon le Dr Smati, une échéance initialement fixée au 31 décembre 2023 a été repoussée à 2025. Le président Emmanuel Macron a lui-même abordé cette problématique lors d’une allocution télévisée du 16 janvier 2024.
Paradoxalement, le ministère de la Santé reconnaît que les professionnels étrangers représentent entre 12 % et 15 % des nouvelles inscriptions annuelles au tableau de l’Ordre des médecins. Des services entiers comme les urgences, la psychiatrie, la pédiatrie ou la réanimation dépendent largement de ces praticiens.
Un appel à la reconnaissance face aux déserts médicaux
La situation devient d’autant plus incompréhensible que la France compte de nombreux territoires dépourvus de médecins. Les difficultés de recrutement touchent aussi bien les zones rurales que certaines banlieues urbaines.
Face à ce constat, les organisations représentant les PADHUE réclament une simplification drastique des procédures administratives. Ils demandent une reconnaissance accélérée de leurs qualifications et diplômes obtenus à l’étranger.
Ces professionnels estiment légitime que leur contribution concrète au fonctionnement quotidien des hôpitaux soit davantage valorisée. Les décisions administratives qui conditionnent leur avenir professionnel devraient, selon eux, intégrer cette réalité de terrain indéniable.

