Le marché parallèle des devises algérien a connu une nouvelle flambée de l’euro le jeudi 28 mai 2026, deuxième journée de l’Aïd el-Adha. Au Square Port-Saïd d’Alger, haut lieu du change informel, la quasi-absence de cambistes en cette période de fête a provoqué une tension inhabituelle sur le dinar algérien. La rareté de l’offre face à une demande persistante a mécaniquement fait grimper les cotations.
L’euro bondit sur le marché parallèle algérien pendant l’Aïd
La monnaie européenne affiche des cours nettement orientés à la hausse sur le circuit informel algérien. Les transactions s’effectuent à environ 276 dinars pour l’achat et atteignent 279 dinars pour la vente. Cette progression s’inscrit dans un contexte bien particulier, marqué par la célébration de l’Aïd el-Adha.
Le célèbre Square Port-Saïd, épicentre du change parallèle dans la capitale algérienne, présentait un visage inhabituel. Les cambistes habituellement nombreux brillaient par leur absence. Seule une poignée d’entre eux assurait une activité minimale, profitant du jour férié pour réduire leurs opérations.
Cette configuration a créé un déséquilibre majeur entre l’offre et la demande. Les quantités d’euros disponibles se sont considérablement réduites, tandis que certains particuliers maintenaient leur besoin en devises étrangères. Voyages programmés, obligations familiales à l’étranger ou dépenses urgentes continuaient de générer des requêtes auprès des rares vendeurs présents.
Une activité au ralenti qui pèse sur les cours du dinar
La fête de l’Aïd el-Adha paralyse traditionnellement l’essentiel de l’activité économique algérienne. Les établissements bancaires ferment leurs portes, tout comme les administrations et une large partie du secteur commercial. Le marché informel des devises n’échappe pas à cette règle.
Saïd, cambiste âgé de 28 ans présent sur place, livre son analyse de la situation. Selon lui, la demande pour la monnaie européenne demeure soutenue malgré le contexte festif. Face à une offre considérablement réduite, la hausse devient inévitable. Il précise toutefois qu’il faudra patienter jusqu’à samedi pour observer un taux de change reflétant véritablement l’équilibre entre offre et demande.
Cette explication met en lumière le caractère temporaire de cette envolée. La flambée actuelle relève davantage d’un phénomène conjoncturel que d’une tendance structurelle. L’absence de la majorité des opérateurs fausse momentanément les mécanismes habituels de fixation des prix.
Le Square d’Alger victime de sa propre raréfaction
Dans un marché dépourvu de cotation officielle centralisée, la présence physique des vendeurs constitue un facteur déterminant. Chaque cambiste contribue à créer une forme de concurrence qui régule naturellement les prix. Lorsque ce nombre diminue drastiquement, les règles changent.
Les quelques cambistes actifs pendant cette période de fête ont pu imposer leurs conditions tarifaires. Sans alternative immédiate, les acheteurs se trouvaient confrontés à un choix limité. Soit accepter les prix gonflés proposés, soit différer leurs achats jusqu’au retour à une activité normale.
Ce rapport de force déséquilibré illustre la fragilité du marché parallèle algérien. Une simple variation du nombre d’opérateurs suffit à provoquer des fluctuations importantes. Cette volatilité reflète également l’absence de mécanismes de régulation dans ce circuit informel qui échappe aux autorités monétaires.
Le dollar et les devises étrangères également sous pression

La tension ne concerne pas uniquement la monnaie européenne sur le marché noir algérien. Le dollar américain maintient également des niveaux élevés, oscillant autour de 235 dinars à l’achat et 238 dinars à la vente. Un écart considérable persiste avec le cours officiel pratiqué dans les établissements bancaires.
La livre sterling affiche des cotations encore plus importantes, se négociant approximativement à 309 dinars pour l’achat et 313 dinars pour la vente. Quant au dollar canadien, particulièrement recherché par les étudiants et les candidats à l’immigration, il se situe aux alentours de 170 dinars à l’achat et 172 dinars à la vente.
Ces valorisations confirment la persistance d’un double marché des changes en Algérie. D’un côté, les cours bancaires restent nettement inférieurs. De l’autre, le circuit parallèle continue de servir de référence pour une partie significative de la population. Les particuliers privilégient souvent cette voie pour leurs besoins en espèces destinées aux déplacements à l’étranger ou aux transferts familiaux.
Un écart persistant entre circuits formel et informel
La différence de prix entre les deux marchés illustre les difficultés d’accès aux devises par les canaux officiels. Malgré les restrictions et les contrôles imposés par les autorités, le marché parallèle continue de prospérer. Il répond à une demande réelle que le système bancaire peine à satisfaire pleinement.
Cette situation soulève des questions sur l’efficacité des politiques monétaires actuelles. La coexistence prolongée de deux marchés aux cours divergents témoigne d’un dysfonctionnement structurel. Les particuliers algériens naviguent entre légalité et nécessité pratique pour obtenir les devises dont ils ont besoin.
La reprise attendue de l’activité samedi permettra de mesurer si cette hausse constitue un accident de parcours ou le prélude à une nouvelle phase d’appréciation des devises étrangères. Les observateurs du marché parallèle algérien surveillent attentivement l’évolution des cotations après la période de fête. Le retour des cambistes en nombre devrait théoriquement stabiliser les cours et rétablir un équilibre plus représentatif de la situation réelle du dinar face aux principales monnaies internationales.
