Après un an et demi de crispations diplomatiques sans précédent, un frémissement se fait sentir entre Paris et Alger. Rappelé en France au printemps 2025, l’ambassadeur Stéphane Romatet dresse un état des lieux mesuré, entre reprise progressive des contacts et prudence assumée.
Une reprise fragile après une quasi-rupture
Dans un entretien accordé à RFI, Stéphane Romatet reconnaît que des canaux de communication ont été réactivés ces dernières semaines. Une évolution notable après ce qu’il qualifie lui-même de « quasi-rupture » des relations France-Algérie, marquée par l’arrêt de nombreuses coopérations et un gel prolongé des échanges politiques de haut niveau.
Des réunions techniques entre experts des deux pays ont repris, signe d’un dégel limité mais réel. Paris attend toutefois des signaux concrets, notamment sur le terrain consulaire, considéré comme un test clé d’un retour progressif à la normale.
Sécurité et migration au cœur des attentes françaises
La France conditionne toute avancée durable à des progrès sur deux dossiers jugés prioritaires : la coopération sécuritaire et la coopération migratoire. Cette dernière inclut la question sensible des ressortissants algériens sous obligation de quitter le territoire français.
Pour Stéphane Romatet, dépasser les blocages accumulés depuis 18 mois est indispensable avant d’envisager une relance politique plus ambitieuse. Les autorités françaises insistent sur des résultats tangibles, au-delà des déclarations d’intention.
Des signaux diplomatiques encore très encadrés
La visite à Alger, en novembre dernier, de la secrétaire générale du Quai d’Orsay, Anne-Marie Descôtes, a permis de rouvrir un canal diplomatique fermé depuis l’été 2024. Les échanges ont porté sur des dossiers régionaux sensibles, notamment le Sahel, ainsi que sur d’autres sujets stratégiques abordés avec précaution.
Concernant une éventuelle visite du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, l’ambassadeur confirme l’existence d’une invitation officielle. Celle-ci reste toutefois conditionnée à des avancées concrètes sur les volets sécuritaire et migratoire.
Des blocages politiques et économiques persistants
Malgré ces signaux d’ouverture, plusieurs obstacles freinent toute normalisation rapide. Paris cite la détention du journaliste Christophe Gleizes et le projet de loi algérien criminalisant la colonisation, perçus comme incompatibles avec un apaisement durable.
Sur le plan économique, la France dénonce des mesures assimilées à un quasi-boycott de ses entreprises. Dans ce contexte, toute renégociation de l’accord d’association entre l’Algérie et l’Union européenne est exclue tant que les entraves commerciales persistent.
