Un Algérien intégré menacé d’expulsion malgré sa situation stable
Installé dans l’Hexagone au début de l’année 2016, A.H. a rapidement trouvé sa place dans le tissu économique français. Dès 2017, ce jeune homme exerce le métier de coiffeur, assurant ainsi sa stabilité financière. Selon son conseil juridique, Maître Fayçal Megherbi du Barreau de Paris, son client disposait de revenus réguliers et d’une totale autonomie économique.
Sa vie personnelle s’est également consolidée avec son mariage célébré en 2022 et la naissance de son premier enfant l’année suivante. Ces attaches familiales et professionnelles n’ont pourtant pas suffi à convaincre l’administration. En décembre 2023, la préfecture de l’Essonne a notifié au ressortissant algérien un refus d’admission exceptionnelle au séjour, assorti d’une OQTF lui imposant de quitter le pays sous trente jours.
Le tribunal administratif de Versailles a initialement confirmé la décision préfectorale, obligeant l’intéressé à poursuivre son combat juridique en appel pour faire reconnaître ses droits.
Un acte héroïque qui change la donne juridique
L’intervention courageuse d’A.H. en juin 2023 constitue un élément déterminant de son dossier. Sur la voie publique, ce ressortissant algérien n’a pas hésité à porter secours à une personne victime d’une agression à l’arme blanche. Son geste lui a valu la reconnaissance officielle des forces de l’ordre et des autorités locales.
Les services de police ainsi que le maire de Linas, commune du département de l’Essonne, ont adressé au jeune homme des remerciements formels par écrit. Ces documents attestant de son courage civique ont été versés au dossier de la procédure d’appel par sa défense. Cette preuve tangible d’intégration sociale est venue renforcer l’argumentaire fondé sur son ancrage professionnel et ses liens familiaux en France.
La justice administrative tranche en faveur du ressortissant algérien
La troisième chambre de la Cour administrative d’appel de Versailles a rendu son arrêt le 21 mai 2026. Les magistrats ont reconnu que l’administration avait commis une erreur d’appréciation manifeste concernant la situation personnelle du requérant. La décision judiciaire souligne l’intensité de sa vie privée et familiale ainsi que l’ancienneté et la qualité de son intégration sociale et professionnelle.
Le courage dont A.H. a fait preuve lors de l’agression a pesé significativement dans la balance. La juridiction administrative a estimé que le préfet de l’Essonne n’avait pas correctement évalué les conséquences de sa décision sur la vie du ressortissant algérien. Cette erreur d’appréciation a conduit à l’annulation complète de l’arrêté préfectoral initial.
Une injonction ferme adressée à la préfecture
Au-delà de l’annulation de l’OQTF et du jugement de première instance, la Cour a adopté une position claire. Les juges ont formellement enjoint au préfet de l’Essonne de régulariser la situation administrative du demandeur. La juridiction a ordonné la délivrance d’un certificat de résidence d’une année comprenant l’autorisation d’exercer une activité professionnelle.
Cette régularisation doit intervenir dans un délai maximum de deux mois suivant la notification de l’arrêt. Le caractère impératif de cette injonction témoigne de la volonté des magistrats de voir la situation réglée rapidement. Cette affaire met en lumière les difficultés rencontrées par certains ressortissants maghrébins dans leurs démarches administratives, même lorsque leur intégration ne fait aucun doute.
Ce dossier illustre l’importance du recours contentieux pour faire valoir ses droits face aux décisions préfectorales. Il démontre également que l’engagement civique et l’intégration réelle peuvent finalement être reconnus par la justice administrative, même après un refus initial de l’administration.
