Le marché noir des devises en Algérie a connu un léger tassement ce dimanche 10 mai 2026. Après une semaine quasi immobile, l’euro a perdu quelques fractions de dinar face à la monnaie nationale sur le marché parallèle. Ce recul limité ne remet pas en cause la tendance générale à la stabilité qui caractérise les échanges informels depuis plusieurs semaines.
Un repli minime de l’euro sur le marché parallèle algérien
Ce dimanche, les plateformes spécialisées dans le suivi des taux de change informels indiquent que l’euro s’échange entre 279 et 280 dinars algériens à la vente. À l’achat, la devise européenne est cotée entre 277 et 277,5 dinars sur le circuit parallèle. La veille, samedi 9 mai, les taux affichés étaient légèrement plus élevés : 280 dinars à la vente, et entre 277 et 278 dinars à l’achat. Le recul enregistré sur vingt-quatre heures se limite donc à une fraction de dinar. Ce mouvement reste anecdotique. Il ne constitue pas un signal de retournement du marché noir des devises en Algérie, mais traduit simplement de micro-ajustements liés à l’offre et à la demande du moment.
Une phase de stabilité inédite depuis le début du mois de mai
Tout au long de la première semaine de mai, les cours sur le marché parallèle algérien ont évolué dans une fourchette très resserrée. Entre le 4 et le 7 mai, les taux de vente de l’euro gravitaient autour de 280 dinars, tandis que les prix d’achat oscillaient entre 277,5 et 278 dinars. Cette accalmie s’inscrit dans une continuité observable dès la fin du mois d’avril. Le 30 avril, l’euro valait entre 279 et 280 dinars.
Le 1er mai, il s’établissait à 279 dinars. Les 2 et 3 mai, la fourchette de vente restait comprise entre 279 et 280 dinars. Cette phase de calme tranche nettement avec la volatilité qui avait marqué le premier trimestre 2026, période durant laquelle les cotations informelles avaient enregistré des variations bien plus prononcées.
Un fossé de plus de 120 dinars avec le taux officiel de la Banque d’Algérie
Le taux de change administré par la banque centrale reste très éloigné des réalités du marché informel. Au 8 mai 2026, l’institution monétaire algérienne fixait l’euro à 155,25 dinars à la vente et 155,29 dinars à l’achat. L’écart entre ce taux officiel et celui pratiqué dans les échanges parallèles dépasse ainsi les 120 dinars par euro. Une telle différence, persistante depuis plusieurs mois, révèle la profonde distorsion entre le cours administré et la valeur réelle accordée aux devises étrangères en dehors du réseau bancaire.
Cette dualité monétaire est structurelle dans l’économie algérienne. Elle témoigne d’une demande de devises que le circuit formel ne parvient pas à satisfaire pleinement, en raison notamment de restrictions sur les transferts de capitaux et de l’accès limité aux comptes en devises.
Les cambistes du Square Port-Saïd anticipent une tendance stable
Sur le terrain, les opérateurs du Square Port-Saïd à Alger — haut lieu du change informel dans la capitale — estiment que l’équilibre entre l’offre et la demande maintient les cours dans une zone de stabilité relative. Leurs projections à court terme tablent sur un maintien autour du seuil des 280 dinars pour un euro. Ces cambistes soulignent toutefois que le marché noir des devises en Algérie demeure fondamentalement imprévisible.
Plusieurs facteurs peuvent rapidement modifier les cotations : les mouvements de liquidités, les départs en vacances, les voyages à l’étranger ou encore les envois de fonds de la diaspora algérienne établie en Europe. Ces flux saisonniers, notamment en période estivale, constituent historiquement des catalyseurs de tension sur le marché parallèle des changes.
Un marché informel qui reflète les tensions monétaires au Maghreb
La persistance du marché noir des devises en Algérie s’inscrit dans un contexte régional plus large. Au Maghreb, plusieurs pays font face à une dualité de taux de change qui complexifie les transactions économiques et pèse sur le pouvoir d’achat des ménages. En Algérie, cette réalité est amplifiée par un régime de contrôle des changes strict, qui limite la convertibilité du dinar algérien.
Tant que cette contrainte structurelle perdurera, le marché parallèle continuera d’exister comme soupape informelle pour les particuliers et les opérateurs économiques. La légère baisse de l’euro enregistrée ce 10 mai ne modifie pas fondamentalement l’équilibre du marché informel algérien. Les prochaines semaines, marquées par l’approche de la saison estivale, seront déterminantes pour observer si cette stabilité se confirme ou si de nouvelles tensions viennent relancer la volatilité des cours parallèles.