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Maroc : lourde peine pour un dessinateur ayant croqué le roi

Au Maroc, un jeune dessinateur de 22 ans vient d’écoper d’une peine qui suscite une vive indignation. Yasser Mounbir a été condamné à quatre ans de prison ferme pour avoir croqué le roi Mohammed VI dans des caricatures publiées sur Instagram. Cette affaire relance le débat sur les limites imposées à la liberté d’expression dans le royaume.

Yasser Mounbir, un dessinateur marocain condamné pour ses caricatures du roi

Le verdict est tombé le vendredi 30 octobre devant un tribunal de Casablanca. La justice marocaine a reconnu le jeune artiste coupable d’« insulte à l’encontre du roi » Mohammed VI, ainsi que d’« insultes envers des agents de l’État ».

Outre les quatre années d’emprisonnement, le dessinateur devra s’acquitter d’une amende de 40 000 dirhams. Sa condamnation repose sur une série de dessins satiriques visant le souverain, diffusés sur son compte Instagram.

Placé en détention provisoire depuis le mois de juin, Yasser Mounbir n’entend pas en rester là. Ses avocats ont immédiatement annoncé leur intention de faire appel, qualifiant la sentence de « disproportionnée » au regard des faits reprochés.

Une mobilisation croissante en faveur du jeune artiste

La condamnation du dessinateur a provoqué une réaction rapide des défenseurs des droits humains. L’Association marocaine des droits humains (AMDH) a officiellement réclamé la remise en liberté du jeune homme.

Un collectif baptisé « Free Yasser » s’est également constitué pour porter sa cause. Ses membres ont lancé une pétition en ligne afin d’exiger sa libération et d’alerter l’opinion publique sur son sort.

« L’art n’est pas un crime »

Le comité de soutien du caricaturiste dénonce une dérive inquiétante. Selon ses représentants, cette affaire illustre « une tendance regrettable d’intimidation et de criminalisation de la liberté d’expression » au Maroc.

Dans leur texte, les soutiens du jeune homme rappellent un principe fondamental : « L’art n’est pas un crime. La liberté de créer est un droit fondamental garanti par la constitution marocaine. » Un message qui résonne bien au-delà des frontières du royaume.

Ce que prévoit la loi marocaine sur les atteintes au roi

Le cadre juridique marocain encadre strictement toute critique visant la monarchie. La « diffamation, l’insulte ou l’atteinte à la vie privée du roi » sont passibles de peines allant de six mois à deux ans de prison.

Au vu de ces dispositions, la peine prononcée contre Yasser Mounbir apparaît particulièrement sévère. Cette sévérité renforce les inquiétudes exprimées par les organisations de défense des libertés publiques.

Une répression qui touche artistes et voix critiques au Maroc

Le cas du jeune dessinateur n’est pas isolé. Ces dernières années, plusieurs artistes et journalistes ont été incarcérés dans le royaume pour avoir exprimé publiquement leurs opinions.

Le rappeur Tarek Tazi, plus connu sous le pseudonyme de T-Flow, en est un exemple récent. En septembre dernier, un tribunal de Fès l’a condamné à onze mois de prison ferme pour avoir dénoncé les politiques menées par le gouvernement.

Une sévérité qui dépasse le milieu artistique

La répression ne vise pas uniquement les créateurs. Toutes les voix contestataires semblent exposées à des poursuites judiciaires lourdes sur le territoire marocain.

En 2023, Saïd Boukidoud avait ainsi été condamné à cinq ans de prison ferme. Son tort : avoir publiquement critiqué la normalisation des relations diplomatiques entre le Maroc et Israël.

L’affaire Yasser Mounbir cristallise les tensions autour de la liberté de création au Maroc. Alors que la procédure d’appel s’engage, l’issue de ce dossier sera scrutée de près par les défenseurs des droits humains, qui y voient un test décisif pour l’avenir de la liberté d’expression dans le pays.

Abdel
Abdel
Journaliste chevronné, je vous propose des articles qui traitent de l'actualité maghrébine et de la diaspora en général.

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