L’expulsion des sans-papiers en Europe pourrait connaître une transformation majeure avec le projet de réforme migratoire que prépare l’Union européenne. Bruxelles entend revoir en profondeur ses procédures d’éloignement des étrangers en situation irrégulière. Fait inédit, certaines mesures viseraient même des migrants n’ayant pas encore foulé le sol européen.
Frontex au cœur de la réforme des expulsions en Europe
La Commission européenne doit dévoiler, le mardi 27 octobre 2026, un texte destiné à élargir considérablement les prérogatives de Frontex. Cette agence, chargée de la surveillance des frontières et des garde-côtes, a son siège à Varsovie, en Pologne.
Le dispositif envisagé autoriserait Frontex à coordonner le renvoi de migrants entre deux pays situés en dehors de l’espace communautaire. Une telle attribution dépasserait le cadre actuel de l’agence, aujourd’hui dédiée au contrôle des frontières et au soutien des États membres lors des opérations de retour.
En pratique, Frontex pourrait épauler des autorités de pays tiers, en particulier au Maghreb et en Afrique du Nord, pour renvoyer des ressortissants d’Afrique centrale vers leurs nations d’origine, et ce avant même qu’ils n’atteignent l’Europe. « Plus vous renvoyez de personnes avant [qu’elles arrivent en Europe], moins vous avez à en renvoyer après », a résumé un responsable européen cité par Euronews.
Ces opérations resteraient toutefois conditionnées à la signature d’accords avec les États concernés. L’agence collabore déjà avec plusieurs pays extérieurs à l’Union, dont l’Albanie, la Serbie et la Macédoine du Nord. Des pourparlers sont par ailleurs engagés avec le Sénégal, pendant qu’un officier de liaison désigné en 2023 assure aussi la couverture de la Mauritanie et de la Gambie.
Des centres de retour hors d’Europe pour les migrants sans-papiers
Le projet prévoit également de confier à Frontex un rôle accru dans les expulsions menées depuis des centres de retour établis en dehors de l’Union européenne. Ces installations hébergeraient les étrangers visés par une décision d’éloignement.
Seraient notamment concernées les personnes dont la demande d’asile a été rejetée ou qui ont perdu leur droit au séjour, dans l’attente de leur départ effectif du territoire.
Cinq gouvernements européens discutent actuellement de la mise sur pied d’un premier centre de ce type, dont l’inauguration est attendue pour 2027. En juin 2026, dix-neuf dirigeants d’États membres avaient sollicité la Commission afin qu’elle appuie la création de ces structures, notamment via des financements communautaires, selon Politico.
Ces projets alimentent l’inquiétude des défenseurs des libertés fondamentales. Josephine Solanki, chercheuse au Transnational Institute d’Amsterdam, observe que Frontex se mue peu à peu en une agence tournée vers les expulsions, avec un rayon d’action qui déborde largement les frontières de l’Europe. Plusieurs ONG réclament un durcissement des mécanismes de contrôle pour préserver les droits des migrants et des demandeurs d’asile.
Expulsions et contrôles aux frontières : de nouveaux moyens déployés
Au-delà des renvois, Bruxelles ambitionne de muscler les capacités de réaction de Frontex face aux situations critiques aux frontières extérieures de l’Union. Le texte prévoit la mise en place d’une force d’intervention rapide, déployable en vingt-quatre heures.
Une cellule dédiée à la veille des réseaux sociaux serait également instaurée, dans le but d’anticiper les flux migratoires avant qu’ils ne se concrétisent.
Ces annonces font suite aux tensions enregistrées à Ceuta, l’enclave espagnole adossée au Maroc, où quelque 90 000 migrants auraient traversé la frontière en juillet 2026. La Commission prévoit en parallèle de gonfler les ressources humaines et budgétaires de l’agence.
Des effectifs et un budget en forte hausse
Début 2026, Frontex disposait d’environ 7 800 agents permanents et table sur un effectif de 10 000 personnes d’ici 2027. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a même évoqué un horizon de 30 000 garde-frontières et garde-côtes.
Sur le plan financier, une dotation de 12 milliards d’euros figurerait dans le prochain budget pluriannuel de l’Union, soit le double de l’enveloppe allouée lors de la période précédente.
Cette réforme marque un tournant dans la gestion européenne des sans-papiers, en déplaçant une partie du dispositif d’expulsion hors des frontières du continent. Le Maghreb et l’Afrique du Nord, appelés à jouer un rôle central dans ces coopérations, se retrouvent plus que jamais au centre des équilibres migratoires entre l’Europe et l’Afrique.


