Longtemps restée en retrait, l’épouse de l’écrivain Kamel Daoud prend enfin la parole dans l’affaire du roman « Houris ». Poursuivie en justice au même titre que son mari, Aïcha Dahdouh a choisi de s’exprimer publiquement à la veille d’un verdict attendu. Dans un message adressé à l’AFP le dimanche 25 octobre, elle plaide son innocence tout en prenant ses distances avec les idées défendues par le romancier.
Affaire Kamel Daoud : son épouse brise enfin le silence
Le tribunal d’Oran s’apprête à rendre sa décision ce mardi dans ce dossier devenu emblématique. C’est dans ce contexte tendu que la femme du lauréat du prix Goncourt 2024 a décidé de livrer sa version des faits. Jusqu’ici absente du débat public, elle entend désormais défendre son nom et sa réputation.
Psychiatre de profession, Aïcha Dahdouh est accusée d’avoir trahi le secret médical. On lui reproche d’avoir confié à son mari l’histoire personnelle d’une de ses patientes, récit qui aurait ensuite nourri l’intrigue du roman « Houris ». L’ouvrage, couronné par le prestigieux prix littéraire français, se retrouve ainsi au cœur d’une bataille judiciaire complexe.
« Je suis innocente » : la défense de la psychiatre
À l’origine de la plainte, Saada Arbane. Cette survivante d’un attentat terroriste survenu en Algérie durant la décennie noire des années 1990 affirme reconnaître sa propre vie dans le personnage central du livre. Convaincue d’avoir été trahie, elle a décidé de porter l’affaire devant la justice.
Selon la plaignante, une seule personne pouvait transmettre à l’écrivain les éléments intimes de son parcours : la psychiatre qui assurait son suivi, à savoir Aïcha Dahdouh. C’est précisément ce lien qui place l’épouse de l’auteur au centre des accusations portées devant le tribunal d’Oran.
Un démenti ferme sur la question du secret médical
Dans sa déclaration, l’épouse de Kamel Daoud rejette catégoriquement les reproches formulés à son encontre. « Je suis innocente. Je n’ai pas divulgué de secret médical. Je n’ai pas volé de dossier », affirme-t-elle sans détour. Elle insiste sur son attachement aux règles déontologiques de sa profession.
La psychiatre rappelle que la confidentialité constitue à ses yeux un pilier incontournable de la médecine. « Le secret médical est l’un des fondements de l’éthique médicale, et je lui ai toujours été fidèle », souligne-t-elle, défendant ainsi son intégrité professionnelle face aux soupçons.
Une prise de distance avec les positions de Kamel Daoud
Également visée par la procédure engagée en Algérie, Aïcha Dahdouh explique les raisons de son absence à l’audience. Elle confie qu’elle aurait voulu se présenter devant le tribunal, mais qu’elle en a été empêchée. Elle évoque « le retentissement des positions de Kamel Daoud et une situation familiale douloureuse » pour justifier ce choix contraint.
Au-delà du volet strictement judiciaire, la déclaration de l’épouse prend une dimension plus personnelle. Elle tient à marquer une séparation nette entre ses propres convictions et les opinions souvent controversées défendues par son mari dans l’espace public.
« La voix de Kamel Daoud ne doit pas effacer la mienne »
Dans son message, Aïcha Dahdouh revendique son autonomie de pensée. « La voix de Kamel Daoud ne doit pas effacer la mienne », écrit-elle avec fermeté. Elle précise ne pas partager les vues de l’écrivain sur ce qu’elle qualifie de « trois questions essentielles » : l’Algérie, l’islam et la Palestine.
La psychiatre pousse encore plus loin cette distinction, en pointant une divergence profonde de sensibilité. « Ce qui nous sépare, c’est le regard porté sur la douleur d’autrui », confie-t-elle à propos de son époux. Un désaccord qui révèle les tensions au sein même du couple.
De son côté, le romancier a toujours défendu l’innocence de sa femme, affirmant à plusieurs reprises qu’elle n’avait aucune responsabilité dans cette affaire. Le verdict attendu ce mardi devant le tribunal d’Oran devrait clarifier le sort réservé à chacun des protagonistes de ce dossier aux multiples ramifications, mêlant littérature, mémoire nationale et questions éthiques.


