À Tulle, en Corrèze, l’expulsion d’un ressortissant algérien père de quatre enfants a suscité une importante mobilisation associative. Visé par une obligation de quitter le territoire français (OQTF), cet homme a finalement échappé à l’éloignement après plusieurs heures de rétention. Retour sur une affaire qui illustre les tensions autour des procédures d’expulsion en France.
Une interpellation à l’aube au domicile familial
Ce mardi 15 septembre 2026, aux alentours de 6 heures du matin, la police nationale s’est présentée au domicile de Mohamed Settouf, situé à Tulle. Installé en France depuis quatre ans, cet homme faisait l’objet d’une OQTF depuis plusieurs mois et était placé sous assignation à résidence.
L’opération policière s’est déroulée sous les yeux de son épouse et de leurs quatre enfants, scolarisés de la maternelle au collège. Le ressortissant algérien a ensuite été emmené au commissariat de la ville, dans la perspective de son renvoi hors du territoire français.
Cette intervention a profondément marqué la cellule familiale. « Ils l’ont emmené devant sa femme et ses quatre enfants, qui sont traumatisés », a confié Paulette Freytet, sa marraine au sein du collectif Corrèze Solidarité, qui suit son dossier depuis plusieurs mois.
Une promesse d’embauche portée à la connaissance de la préfecture
Le collectif de soutien assure avoir alerté les services préfectoraux sur l’existence d’une offre d’emploi réservée à cet homme chez un éleveur local. D’après Paulette Freytet, ce poste correspond parfaitement à son parcours, lui qui possédait autrefois une exploitation agricole en Algérie et maîtrise déjà ce métier.
L’employeur et le parrain du ressortissant algérien souhaitaient obtenir une rencontre avec le préfet pour défendre ce dossier. Toutefois, le directeur de cabinet s’est contenté de leur signaler qu’il avait simplement pris connaissance de la situation, sans engagement concret.
Amandine Dewaele, membre du collectif et conseillère régionale écologiste de Nouvelle-Aquitaine, a précisé que Mohamed Settouf avait été « placé en rétention administrative ». Elle a également indiqué que les soutiens ne pouvaient plus le joindre, les deux téléphones du domicile ayant été confisqués. L’épouse est restée seule face à ses enfants durant ces heures d’incertitude.
Un rassemblement citoyen face au commissariat de Tulle
Averti dès le déclenchement de l’opération, Corrèze Solidarité a rapidement organisé un rassemblement devant le commissariat. Le collectif a lancé un appel aux syndicats, aux associations de parents d’élèves et aux habitants pour s’opposer à cette expulsion.
« Il n’est pas question qu’ils l’embarquent ! », a martelé Paulette Freytet, déterminée à faire barrage à l’éloignement. La bénévole réclame la délivrance d’un titre de séjour ou, à défaut, d’une autorisation de travail en faveur de cet homme.
Elle rappelle par ailleurs que son épouse dispose elle aussi d’une perspective professionnelle. Pour le collectif, une régularisation permettrait à cette famille de subvenir seule à ses besoins et de devenir pleinement autonome. L’avocat concerné et la préfecture ont été informés de l’interpellation.
Une libération en fin de matinée
Le rapport de force a finalement tourné à l’avantage des soutiens. En fin de matinée, Corrèze Solidarité a appris que Mohamed Settouf serait remis en liberté aux alentours de la mi-journée, échappant ainsi à un renvoi immédiat vers l’Algérie.
Malgré cette issue favorable, le collectif entend maintenir la pression sur les autorités. Une nouvelle mobilisation a été programmée le mercredi 16 septembre à 17 heures devant la préfecture, afin de poursuivre le combat engagé.
Neuf enfants scolarisés au cœur de la mobilisation
Le rassemblement prévu devant la préfecture ne concerne pas uniquement la situation de Mohamed Settouf. Il vise à défendre quatre familles actuellement en attente de régularisation dans la ville de Tulle.
Ces foyers comptent au total neuf enfants inscrits dans les établissements scolaires locaux. Pour les militants, l’enjeu dépasse le cas individuel et pose la question plus large de l’intégration de ces familles installées et impliquées dans la vie de la commune.
Cette affaire témoigne de la manière dont les associations locales peuvent influer sur les décisions liées aux OQTF. Elle relance également le débat sur la place accordée à l’insertion professionnelle et familiale dans l’examen des dossiers de régularisation en France.




