L’Algérie se prépare à une récolte de céréales historique estimée à 5 millions de tonnes pour la campagne 2025-2026. Après l’achèvement des moissons dans les régions du sud, le dispositif national se réorganise pour maximiser la collecte des grains dans les wilayas septentrionales.
Les services agricoles indiquent que le nord du pays poursuit la redistribution des moissonneuses-batteuses. De nouvelles machines affluent depuis les wilayas méridionales ou sont fournies par la société Agrodrive, afin de répondre à une demande sans cesse croissante en engins de récolte.
Cette moisson exceptionnelle mobilise l’ensemble des acteurs de la filière. Le risque de pertes reste toutefois élevé : à l’égrenage naturel des épis s’ajoutent les menaces d’incendies et de fortes intempéries.
Une récolte de céréales menacée par les orages
À Batna, des professionnels ont partagé sur les réseaux sociaux des images des dégâts causés par les orages. Dans certaines parcelles de blé encore sur pied, de nombreux épis se retrouvent couchés au sol avant même la moisson.
Les précipitations ont été particulièrement intenses dans l’est du pays. À Tébessa, plusieurs rues ont été inondées durant quelques heures. À Djelfa, des crues soudaines ont emporté des moutons, retrouvés sans vie par la suite.
Céréales en Algérie : une mobilisation générale des autorités
Pour faire face à la pression sur les engins agricoles, les pouvoirs publics déploient les grands moyens. Le 29 juin, le ministère de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche a lancé une plateforme numérique, Hassad.dz, dédiée aux demandes de moissonneuses-batteuses et à la mobilisation d’équipements supplémentaires.
Dans son communiqué, le ministère a fait état de la mobilisation de plus de 1 300 moissonneuses-batteuses par l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC) et la société AgroDrive. À Sidi Bel Abbès, cette dernière a récemment mis à disposition des agriculteurs de nouveaux engins à bac de type Verato.
Les autorités ont également autorisé les producteurs sans carte d’agriculteur à livrer leurs récoltes aux Coopératives des céréales et des légumes secs (CCLS). Une simple déclaration via la plateforme hassad.dz ou auprès des subdivisions agricoles proches suffit désormais.
Les centres de stockage et de réception restent ouverts toute la semaine, y compris les jours de repos hebdomadaires ainsi que durant les fêtes nationales et religieuses, avec des horaires prolongés pour accélérer la collecte des grains.
Le rôle des walis dans la campagne moissons-battage
Le ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports participe aussi à l’effort. Le 1er juillet, le ministre Saïd Sayoud a présidé une réunion par visioconférence avec les walis, leur donnant instruction de garantir le bon déroulement de la campagne.
Le responsable a rappelé que l’objectif de plus de 50 millions de quintaux, soit 5 millions de tonnes, exige une mobilisation totale sous la supervision directe des walis. Comparée aux 3 millions de tonnes de la campagne précédente, cette production marquerait une hausse spectaculaire de 66 %.
La solidarité entre agriculteurs autour du matériel de récolte
Au-delà des moyens des CCLS, l’entraide entre exploitants s’organise sur le terrain. À l’intérieur du pays, sur l’exploitation Baroudi, les moissons sont déjà bien avancées.
Deux moissonneuses-batteuses à bac récoltent une parcelle aux épis abondants. Une fois leur trémie pleine, elles déversent le grain dans la remorque d’un camion à deux essieux. À l’arrière suivent une ramasseuse-presse produisant des bottes de paille et un tracteur équipé d’une citerne d’eau pour prévenir tout départ de feu.
L’agriculteur Abdelli Mohamed salue le soutien public en matière de semences, d’engrais et de machines. Il dispose de quatre moissonneuses-batteuses, dont deux louées à un voisin, et espère achever ses moissons en trois jours avant de déplacer son matériel vers d’autres exploitations.
Un chauffeur, employé depuis quatre ans sur cette ferme, décrit une organisation rigoureuse : plein de carburant et d’huile, graissage et réglages le matin, puis démarrage de la moisson vers 10 h 30. Le blé nécessite en effet un faible taux d’humidité pour être récolté dans de bonnes conditions.
CCLS : des moissonneuses-batteuses à sac délaissées
Au sein des CCLS, les moissonneuses-batteuses à bac ne connaissent pas de répit. Louées à 6 000 DA l’hectare, contre 6 500 à 7 300 DA dans le privé, elles passent d’une exploitation à l’autre dès qu’un chantier est terminé.
Paradoxalement, les moissonneuses-batteuses à sac, pourtant moins chères à 4 000 DA l’hectare, peinent à trouver preneur et restent parfois inutilisées dans les parcs des coopératives.
En cause : le coût de la main-d’œuvre et la pénibilité du travail sous de fortes chaleurs. Ces engins exigent un opérateur supplémentaire chargé d’ajuster les sacs aux trois sorties de grains, de les fermer à la ficelle, puis de les faire glisser au sol.
Les sacs, dispersés dans le champ, doivent ensuite être récupérés par au moins trois personnes : un conducteur de tracteur et deux ouvriers hissant sur la remorque des sacs de 50 kilos. Avec cinq salaires journaliers à verser, le calcul économique décourage bien des exploitants.
Des lacunes logistiques dans la collecte des grains
Dans le nord, des agriculteurs signalent que certaines CCLS louent les moissonneuses-batteuses sans fournir de camions pour acheminer les grains vers les silos. Ils doivent alors louer un véhicule ou recourir à des remorques de faible capacité, mal adaptées à la récolte en vrac récemment généralisée.
Au sud, les distances entre les champs sous pivot et les centres de collecte posent problème. Le Conseil national de la filière céréales a proposé un stockage provisoire à la ferme pour les gros investisseurs, tandis que les producteurs saluent la directive présidentielle d’Abdelmadjid Tebboune sur la construction de nouveaux centres de collecte.
Un bilan de fin de campagne devrait permettre de corriger les dysfonctionnements observés durant cette moisson exceptionnelle. Pour l’heure, la priorité affichée demeure claire : sauvegarder chaque grain de blé produit sur le territoire.