Le gazoduc TSGP, ce projet pharaonique reliant le Nigeria à l’Europe en traversant le Niger et l’Algérie, entre dans une phase concrète. Le 4 juin 2026, les travaux de construction du tronçon algérien ont été officiellement inaugurés. Imaginé dès les années 1980, ce corridor énergétique ambitionne d’acheminer le gaz nigérian jusqu’aux marchés du Vieux Continent.
Étendu sur plus de 4 000 kilomètres, ce gazoduc transsaharien doit transporter les vastes réserves gazières du Nigeria à travers le territoire nigérien puis algérien, avant de rejoindre l’Italie et l’Espagne par la Méditerranée. L’idée a parcouru un long chemin : un premier accord avait été conclu en 2009, avec une mise en service alors prévue pour 2015.
Le dossier a ensuite été relancé en 2022 grâce à la signature d’un mémorandum d’entente à Alger. Mais les turbulences diplomatiques, en particulier le coup d’État survenu au Niger en 2023, ont freiné l’avancée du chantier et tendu les relations entre Niamey et ses partenaires.
La relance du gazoduc TSGP portée par un climat diplomatique apaisé
Mi-février 2026, un tournant majeur s’est opéré. Le président algérien Abdelmadjid Tebboune et le général nigérien Abdourahamane Tiani ont officiellement scellé leur réconciliation lors d’une visite du dirigeant nigérien à Alger.
Cette rencontre a permis de relancer la dynamique autour du projet, dans un environnement géopolitique désormais plus favorable. Pour l’Algérie, ce rapprochement constitue un levier stratégique afin de consolider sa position de plaque tournante énergétique vers l’Europe.
Caractéristiques techniques et calendrier du gazoduc transsaharien
Le tracé du pipeline démarre de la ville de Warri, située dans le delta du Niger, pour s’achever à Hassi R’Mel, au cœur du nord du Sahara algérien. La répartition kilométrique se décompose ainsi : 1 000 kilomètres au Nigeria, 840 kilomètres au Niger et 2 300 kilomètres en Algérie.
Sur l’ensemble de l’infrastructure, 1 800 kilomètres restent encore à bâtir. Cela représente 100 kilomètres côté nigérian, 700 kilomètres en territoire nigérien et 1 000 kilomètres pour la portion algérienne, la plus conséquente à réaliser.
إنجاز تاريخي يرسخ ريادة #الجزائر في الطاقة الإفريقية!
في لحظة فارقة من تاريخ التنمية القارية، أشرف معالي وزير الدولة، وزير المحروقات، السيد محمد عرقاب، اليوم بأولف بولاية أدرار، على إعطاء إشارة انطلاق أشغال الشطر الجزائري من مشروع أنبوب الغاز العابر للصحراء (TSGP)، برفقة وزير… pic.twitter.com/UtLhL6bGFM— NNA (Nadia)
(@22NN_A) June 4, 2026
La cérémonie de lancement du tronçon algérien s’est tenue le 4 juin 2026 dans la région d’Aoulef, en présence des ministres de l’Énergie des trois pays concernés. Selon le ministre nigérien du Pétrole, la construction de la section nigérienne devrait débuter au début de l’année 2027.
L’ensemble du gazoduc devrait entrer en service en 2029. Côté financier, l’enveloppe initiale estimée à 13 milliards de dollars en 2009 a fortement grimpé pour atteindre près de 20 milliards. Cette inflation s’explique par la flambée des matières premières et les difficultés liées au relief désertique.
Les enjeux énergétiques du TSGP face à la concurrence régionale
L’objectif de cette canalisation est d’acheminer environ 30 milliards de mètres cubes de gaz par an du Nigeria vers l’Europe. Le transit s’appuierait sur les infrastructures algériennes déjà opérationnelles, notamment Transmed vers l’Italie et Medgaz vers l’Espagne.
Ce volume équivaut à près de 11 % des importations annuelles de l’Union européenne, qui atteignaient 270 milliards de mètres cubes en 2025. Une partie supplémentaire devrait être traitée dans les raffineries d’Arzew et de Skikda, puis exportée vers l’Europe sous forme de gaz naturel liquéfié.
Le Niger, qui figure parmi les nations les plus démunies du continent, espère tirer profit des droits de transit pour attirer des investissements dans ses infrastructures. À eux deux, l’Algérie, premier producteur de gaz africain, et le Nigeria, troisième, détiennent plus de la moitié des réserves de gaz naturel du continent.
Un chantier confronté à des obstacles et à un rival marocain
Plusieurs facteurs risquent de perturber le calendrier prévu. La sécurisation du pipeline inquiète, car il devra traverser des zones où évoluent des groupes armés et des réseaux de contrebande, surtout dans le nord du Nigeria et au Niger.
Le recours à des banques africaines et internationales a été évoqué pour financer le projet, sans qu’aucun engagement officiel n’ait pour l’heure été acté. Cette incertitude financière demeure un point de vigilance majeur pour les autorités impliquées.
Le gazoduc Afrique Atlantique, projet concurrent piloté par le Maroc
Une autre initiative pourrait rivaliser avec le corridor transsaharien : le gazoduc Afrique Atlantique, mené par le Maroc, principal concurrent régional de l’Algérie. Ce projet de 6 000 kilomètres associant 13 pays vise lui aussi à relier le Nigeria à l’Europe.
En 2025, une structure dédiée a été créée afin d’évaluer sa faisabilité. D’après Brahim Oumansour, chercheur associé à l’Iris, les deux infrastructures se livrent une réelle compétition, mais Alger garde l’avantage grâce à un projet déjà bien plus engagé.
Le lancement effectif du tronçon algérien marque une étape décisive dans la concrétisation d’un rêve énergétique vieux de plusieurs décennies. Reste à savoir si l’Algérie parviendra à tenir ses délais et à sécuriser le tracé pour s’imposer durablement comme un fournisseur incontournable du marché européen.
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