Un vaste scandale financier vient d’être mis au jour en Algérie avec le démantèlement d’un réseau de détournement de fonds publics au sein de la Compagnie Unifiée de Tabac. Les autorités algériennes ont révélé mercredi 10 juin 2025 une affaire d’envergure impliquant la dilapidation de 1000 milliards de centimes, équivalant à 10 milliards de dinars. Cette fraude massive a conduit à l’arrestation de dix personnes, incluant plusieurs responsables de l’entreprise publique.
Un réseau de détournement découvert après trois mois d’investigation
La Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) a officialisé dans un communiqué le démantèlement d’une organisation criminelle agissant à l’intérieur même de l’UTC. Cette société publique spécialisée dans la commercialisation et la distribution des produits du tabac a été le théâtre d’importantes malversations financières.
Les services de police ont mené une enquête approfondie s’étalant sur plus de trois mois. Le Service Central de Lutte contre la Criminalité Organisée de Saoula, notamment sa brigade spécialisée dans les crimes économiques et financiers, a piloté les investigations qui ont permis de percer ce stratagème frauduleux.
Une méthode frauduleuse sophistiquée dans le détournement de fonds
Le mode opératoire employé par les membres du réseau reposait sur une manipulation informatique du système de gestion de l’entreprise. Les auteurs enregistraient fictivement des marchandises de tabac dans la base de données sans que ces produits ne parviennent effectivement aux points de vente officiels.
Ces articles fantômes étaient ensuite écoulés via des circuits parallèles impliquant des grossistes complices. Cette technique permettait aux fraudeurs d’organiser un trafic lucratif tout en maintenant une apparence de régularité dans les documents administratifs.
Un préjudice financier colossal révélé lors des audits comptables
C’est lors de l’inventaire annuel et du contrôle des comptes de l’exercice 2025 que l’ampleur de la fraude a éclaté au grand jour. Les vérificateurs ont constaté une anomalie majeure avec un manque inexpliqué de stocks atteignant 500 milliards de centimes.
L’approfondissement des audits financiers a mis en évidence une seconde irrégularité d’un montant équivalent. Cette somme correspondait à des créances impayées par des clients de l’UTC, probablement fictifs ou liés au système frauduleux. Le montant total du détournement s’établit ainsi à 1000 milliards de centimes de fonds publics.
Dix arrestations et la saisie d’un patrimoine considérable
L’opération policière a abouti à l’interpellation de dix individus occupant différentes positions dans ce réseau criminel. Parmi les personnes arrêtées figurent d’anciens directeurs de l’entreprise, des cadres en fonction, des employés exerçant à divers échelons de responsabilité ainsi qu’un commerçant grossiste en tabac.
Un butin immobilier et mobilier impressionnant
Les enquêteurs ont procédé à la saisie conservatoire d’un patrimoine substantiel appartenant à l’un des principaux accusés. Les biens immobiliers confisqués comprennent deux résidences de standing, situées respectivement à Alger et sur le territoire espagnol.
S’ajoutent à ce patrimoine six appartements haut de gamme répartis dans diverses régions du pays et en Espagne, ainsi qu’une parcelle de terrain de 900 mètres carrés dans la wilaya de Jijel. Les autorités ont également saisi trois automobiles de luxe, une motocyclette de grosse cylindrée, quatre montres de griffes prestigieuses, une arme de chasse et des liquidités en dinars.
Des poursuites judiciaires devant la juridiction spécialisée d’Alger
À l’issue de la phase d’enquête préliminaire, l’ensemble des suspects ont été déférés devant le parquet compétent. Le procureur de la République près le pôle pénal spécialisé en crimes économiques et financiers de Sidi M’hamed à Alger a pris en charge le dossier.
Les chefs d’accusation retenus contre les mis en cause sont multiples et graves. Ils incluent l’abus de fonction, la dilapidation volontaire de deniers publics et l’attribution d’avantages injustifiés lors de passations de marchés contraires aux dispositions légales.
Les prévenus doivent également répondre d’infractions de blanchiment d’argent et de produits issus d’activités criminelles dans le cadre d’une association de malfaiteurs. Des violations de la réglementation concernant les opérations de change et les transferts de capitaux transfrontaliers complètent le tableau des accusations portées par le ministère public.
Cette affaire illustre l’ampleur de la corruption dans certaines entreprises publiques algériennes et témoigne de la détermination des autorités à combattre la criminalité économique. Elle soulève également des interrogations sur les mécanismes de contrôle interne au sein des sociétés d’État spécialisées dans les secteurs sensibles comme celui du tabac.
