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Algérie : récolte record d’orge, l’exportation en vue

by Abdel
12 juin 2026
in Algérie
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Algérie : des rendements record de blé en plein désert

L’Algérie connaît une campagne céréalière 2026 marquée par une production d’orge record qui soulève la question d’une possible exportation. Cette moisson historique intervient dans un contexte où la demande locale reste particulièrement soutenue, notamment de la part des éleveurs. Le pays se hisse ainsi au deuxième rang des producteurs arabes et africains de cette céréale stratégique.

Une campagne de récolte d’orge historique en Algérie

Selon les données du département américain de l’agriculture, la production algérienne atteint près de 12,3 millions de quintaux en 2026. Ce volume place le pays juste derrière le leader régional en termes de production d’orge. À travers tout le territoire, les scènes de récolte témoignent de cette abondance exceptionnelle.

Dans la région d’Oued Rhiou, wilaya de Relizane, les opérations de moissonnage se déroulent à un rythme soutenu. Les exploitants agricoles enchaînent les livraisons vers les Coopératives de céréales et légumes secs (CCLS) qui multiplient les points de collecte. Les équipements déployés incluent 17 moissonneuses-batteuses rien que dans cette zone, selon Mahiedine Allem, technicien local.

Abdelghani Benali, secrétaire général du Conseil national interprofessionnel de la filière des céréales (CNIFC), qualifie 2026 d’« année de l’orge ». Cette céréale représente environ un tiers des surfaces cultivées à travers le territoire national. Les agriculteurs bénéficient d’un accompagnement logistique facilitant l’acheminement de leurs récoltes vers les centres officiels de stockage.

Le système orge-moutons, pilier de l’agriculture algérienne

L’orge occupe une place centrale dans le modèle agricole dominant que les spécialistes de l’agropastoralisme au Maghreb désignent comme le système « orge-moutons ». Cette céréale présente des caractéristiques agronomiques particulièrement adaptées au climat semi-aride qui caractérise une grande partie du territoire.

Sa rusticité exceptionnelle lui permet de prospérer malgré des conditions difficiles et des techniques culturales simplifiées. La vitesse de germination des semences confère à la plante un avantage concurrentiel face aux adventices. Ces qualités expliquent pourquoi de nombreux producteurs privilégient cette culture pour l’engraissement de leurs ovins.

Le marché informel de l’orge connaît une activité intense, particulièrement durant la période hivernale. Les prix peuvent atteindre 6 000 dinars le quintal lors des périodes de tension. Ce circuit parallèle, surnommé « orge des garages » par les éleveurs, prospère dans des points de vente discrets et échappe au circuit officiel des CCLS.

Un marché parallèle qui pèse sur la filière

Cette économie souterraine pose néanmoins des problèmes structurels. Elle pénalise le développement de semences certifiées, notamment pour les variétés locales. L’abondance de la récolte 2026 pourrait toutefois réduire la tension sur ce marché parallèle et améliorer l’approvisionnement durant les mois critiques.

Les couloirs verts, une stratégie gagnante pour la collecte officielle

Face aux difficultés de collecte rencontrées lors de précédentes campagnes, les autorités agricoles ont déployé des mesures incitatives dès juillet 2021. L’opération « couloirs verts » offre un traitement prioritaire aux exploitants livrant leur production aux centres officiels, éliminant les attentes pouvant atteindre deux jours.

L’année suivante, l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC) a augmenté significativement ses tarifs d’achat, passant de 2 500 à 3 400 dinars le quintal. Un guichet unique a été créé pour simplifier les procédures administratives. Les CCLS prennent désormais en charge gratuitement les opérations de moissonnage et le transport jusqu’aux silos de stockage.

Ces mesures ont porté leurs fruits de manière spectaculaire. Dans la région de Tighenif, un professionnel du secteur témoigne n’avoir jamais observé de tels volumes dans les centres de collecte depuis ses débuts dans l’agriculture. La multiplication des centres de réception cette année facilite davantage les livraisons.

Recherche agronomique et alternatives à l’orge dans la région

Paradoxalement, alors que l’Algérie enregistre une production record, le pays a importé 200 000 tonnes d’orge en février 2026 via l’OAIC. Cette apparente contradiction s’explique par la forte demande du secteur de l’élevage. Les pays voisins connaissent une situation similaire, la Tunisie consacrant 24% de ses importations céréalières à l’orge.

Les instituts de recherche maghrébins travaillent sur des alternatives pour réduire la dépendance à cette céréale. En Tunisie, les travaux menés dès 2010 proposent d’utiliser les grignons d’olive comme aliment de substitution en période de pénurie. Cette solution pourrait générer des économies de 27 millions d’euros sur les importations.

À l’École nationale supérieure d’agronomie, des experts comme Ali Daoudi plaident pour valoriser les 30 millions d’hectares de steppes et parcours. Le département de zootechnie a développé dès les années 1970 des protocoles de complémentation azotée optimisant l’utilisation de l’orge dans l’alimentation ovine.

L’orge comme substitut au maïs importé dans l’aviculture

Le secteur avicole algérien constitue un débouché potentiel majeur pour absorber les surplus d’orge. Actuellement, cette filière dépend massivement du maïs importé, avec des volumes annuels atteignant 4 millions de tonnes. Fin 2025, l’Office national des aliments de bétail (ONAB) a décidé d’importer un million de tonnes supplémentaires face aux risques de rupture.

Les travaux de l’Institut technique de l’élevage de Baba Ali (ITELV) démontrent depuis 2012 la viabilité d’une substitution partielle. Leurs essais confirment qu’entre 20 et 25% du maïs peut être remplacé par de l’orge locale dans l’alimentation des poulets de chair et des poules pondeuses, sans impact négatif sur les performances. Cette approche, développée en Espagne depuis 1990, pourrait réduire la facture d’importation.

Des débouchés diversifiés pour une céréale polyvalente

Au-delà de l’élevage, l’orge présente des intérêts nutritionnels pour la consommation humaine. Sa richesse en fibres en fait un ingrédient recommandé par les nutritionnistes dans la fabrication de pain destiné aux diabétiques et aux personnes souffrant d’hypercholestérolémie. Cette valorisation pourrait ouvrir de nouveaux marchés pour la production nationale.

L’exportation, une option à étudier pour les excédents

L’Algérie possède un précédent en matière d’exportation d’orge. En 2010, après une campagne exceptionnelle, l’OAIC avait expédié 100 000 quintaux vers la Tunisie. Sur le port d’Alger, le ministre de l’Agriculture avait alors évoqué un « événement historique » après 43 années d’absence sur les marchés d’exportation.

Avec la récolte 2026, la question se pose à nouveau. Toutefois, plusieurs facteurs doivent être pris en compte : la demande soutenue de l’élevage ovin, les besoins potentiels du secteur avicole cherchant à réduire sa dépendance au maïs importé, et les utilisations possibles dans l’alimentation humaine. La conjugaison de ces différents débouchés pourrait absorber l’intégralité de la production record.

L’opportunité d’exporter les éventuels surplus mérite néanmoins une analyse approfondie. Elle dépendra de la capacité du pays à satisfaire d’abord sa demande intérieure et à structurer efficacement les différentes filières consommatrices d’orge sur le territoire national.

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