Une affaire de corruption d’ampleur secoue le ministère du Commerce extérieur algérien. Dix-sept personnes sont actuellement jugées devant le tribunal de Dar El Beïda pour avoir mis en place un système de monnayage des autorisations d’importation. Au centre de ce scandale figure une ancienne fonctionnaire qui exploitait sa position stratégique au sein de l’administration.
Lourdes peines requises contre les accusés de corruption en Algérie
Le parquet du tribunal de Dar El Beïda a formulé ses réquisitions lors de l’audience tenue ce dimanche. Les procureurs ont demandé des condamnations allant de quatre à sept années de détention ferme, proportionnelles au niveau d’implication de chacun des prévenus.
C’est l’ex-secrétaire du ministère du Commerce extérieur qui encourt la sanction la plus sévère. Sept ans de prison ferme ont été requis à son encontre. Sa fonction au cabinet ministériel lui conférait un accès privilégié aux dossiers sensibles traités par l’administration.
Cette position lui permettait notamment de consulter l’ensemble des demandes déposées par les importateurs. Elle contrôlait directement le processus de validation des documents nécessaires à l’obtention des autorisations commerciales.
Un réseau impliquant fonctionnaires et entrepreneurs devant la justice
Le procès met en cause deux catégories distinctes d’accusés. Neuf fonctionnaires issus de différents services administratifs sont poursuivis aux côtés de huit opérateurs du secteur privé. Ces derniers dirigent des entreprises ayant bénéficié du système frauduleux.
L’ouverture de l’enquête remonte au 8 septembre 2025. La Gendarmerie nationale algérienne, via ses unités spécialisées dans la recherche et l’investigation, avait transmis un signalement aux autorités judiciaires.
Les investigations ont permis de mettre au jour une organisation bien rodée. Les différents agents publics impliqués occupaient des postes clés au ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations. Les chefs d’entreprise poursuivis avaient contourné les procédures légales pour obtenir leurs licences.
Un système lucratif basé sur la validation administrative frauduleuse
Le dispositif de corruption reposait sur un mécanisme précis. L’ancienne secrétaire apposait des visas sur les tableaux prévisionnels d’importation moyennant rémunération. Ces documents administratifs sont indispensables pour obtenir le feu vert des autorités.
Grâce à sa position stratégique, elle validait les dossiers des opérateurs économiques complices. En retour, elle percevait des avantages financiers substantiels qui constituent le cœur des accusations portées contre elle.
Des commissions illicites de 250 000 dinars par dossier traité
Les montants en jeu sont considérables. Pour chaque intervention effectuée en faveur d’un importateur, la fonctionnaire réclamait jusqu’à 25 millions de centimes, soit l’équivalent de 250 000 dinars algériens.
Ce tarif représente une somme importante dans le contexte économique algérien. Le système a fonctionné pendant une période indéterminée, permettant à de nombreux entrepreneurs d’obtenir des licences d’importation sans respecter les critères réglementaires.
Les entreprises bénéficiaires ont ainsi pu contourner les exigences normalement imposées par la législation. Cette pratique fausse la concurrence et porte préjudice aux opérateurs respectant les procédures légales.
Qualification pénale et arsenal juridique contre la corruption
Les dix-sept prévenus font face à plusieurs chefs d’accusation graves. Parmi eux figurent l’abus de fonction, une infraction particulièrement visée dans la fonction publique algérienne.
Le trafic d’influence constitue un autre grief retenu contre les accusés. Cette qualification s’applique lorsqu’une personne utilise son statut ou ses relations pour obtenir des avantages indus.
La sollicitation et l’acceptation d’avantages indus complètent le tableau des infractions reprochées. L’ensemble de ces qualifications relève de la législation algérienne sur la prévention et la lutte contre la corruption, renforcée ces dernières années.
Ce procès s’inscrit dans une série d’affaires visant à assainir l’administration algérienne. Il illustre la détermination des autorités judiciaires à poursuivre les réseaux de corruption infiltrés au sein des institutions publiques. Le verdict, attendu dans les prochaines semaines, sera scruté comme un indicateur de la fermeté de la justice face à ces pratiques.